Takayama & Noto – Septembre 2019

Plus le temps passe et plus nos voyages sont modestes. Nos finances sont-elles impliquées dans cette évolution ? Peu importe, l’essentiel est là : nous nous sommes évadés le temps d’un weekend prolongé vers la péninsule de Noto, en faisant halte dans une autre partie des Alpes japonaises, à Takayama.

Le premier jour de voyage fut calme, la météo exécrable étant la principale cause de notre absence de motivation à faire autre chose que la visite d’une grotte. Fait notable toutefois pour les enfants comme pour moi : notre première baignade dans un onsen. Pour ceux qui ne lisent pas le japonais dans le texte, il s’agit des sources chaudes, abondantes au Japon.

Le second jour nous sommes allés à Shirakawa-go (白川郷) un village groupant de nombreuses maisons de construction traditionnelle. Le site est classé au patrimoine mondial de l’UNESCO pour ses fermes appelées « gassho-zukuri », signifiant « construites en forme de mains en prière ». Certaines de ces maisons ont plus de 250 ans, et effectivement leurs toits de chaume ressemblent à des mains de moine bouddhiste en prière. Pour en finir avec la note culturelle, sachez que ces toits sont construits pour supporter les importantes chutes de neige hivernale, qu’ils sont fabriqués sans le moindre clou et offrent un large grenier où les vers à soie sont élevés.

Par une enfilade interminable de tunnels nous avons quitté la montagne pour rejoindre la côte. Nous étions tellement avides de bord de mer que nous sommes allés jusque sur la plage en voiture. Cette plage située au sud de la péninsule de Noto est célèbre pour cette raison. Yumi, qui en parlait depuis des jours, a finalement pu ramasser des coquillages. Cette conduite sur la plage donne une incroyable sensation de liberté. L’immensité de l’océan à portée de roues donne envie d’un coup de volant de s’engager sur l’eau, d’aller voir de l’autre côté ce qui s’y trouve.

Le lendemain nous avons parcouru la côte ouest et nord de la péninsule, nous arrêtant au gré de nos envies et des recommandations de nos guides de voyages. De l’ancien phare maritime de Fukura, nous avons roulé vers le nord. Au rocher de Ganmon nous avons offert aux filles une croisière éclair durant laquelle le bateau pénètre en partie dans une caverne naturelle.

Puis nous avons fait halte à ce qui fut un temps le plus long banc du monde, et qui l’est toujours si l’on en croit les pancartes sur le site. L’idée était d’y pique-niquer. C’était sans compter sur le vent, bien décidé à assaisonner nos sandwiches de sable blanc avant de les emporter au diable. Nous avons finalement opté pour un repas composé de onigiri dégustés dans la voiture.

Nous avons alors poursuivi notre avancée au bord de mer, traversant de nombreux villages tout aussi charmants les uns que les autres avec leurs maisons aux toits de tuiles noires et aux murs de planches anthracite patinées par les éléments. Le trajet était une attraction à part entière, plus intéressant dans certains cas que certains sites, notamment le rocher de Godzilla qui ressemblait davantage à un cadavre de bovidé qu’au célèbre monstre dévastateur.

La « grotte bleue » également ne verra pas sa photo publiée ici, ses alentours étaient autrement plus séduisants que cette caverne. Je serai même près à qualifier le site d’attrape-nigauds si cela n’impliquait pas notre appartenance à cette catégorie de touristes naïfs. La journée s’est achevée dans un hôtel niché au cœur des bois, avec vue sur la mer, pelouses manucurées, onsen et repas gargantuesque mais néanmoins raffiné.

Pour notre dernière journée sur la péninsule, notre choix s’est porté sur l’aquarium de Noto-jima, choix consensuel par excellence. Requins, raies, pingouins, dauphins, otaries, phoques et loutres pour ne citer que les plus imposants, ont ravis les enfants. J’ai toujours autant de mal à regarder les spectacles de dressage de dauphins, je passerai mon tour la prochaine fois, si prochaine fois il y a.

A proximité de là, se trouvait le musée du verre. Exposant des sculptures de verre d’artistes japonais et étrangers, dont des pièces de Salvador Dali, rien de moins, ce fut une très agréable surprise. Meï a profité de la fraîcheur (merci ô sainte climatisation) et du calme ambiants pour piquer un somme tandis que je tentais avec un certain succès d’intéresser Yumi à l’art verrier. Au final nous nous sommes mis à faire des avions en papier avec des prospectus artistiques. C’est chouette les musées.

Ce soir-là Sayaka nous avait dégoté un charmant B&B dans un hameau composé de quelques bâtisses agglutinées, bordées d’un coté par des rizières et de l’autre par une bambouseraie. On y accède par une improbable route cahoteuse, si étroite que malgré le GPS il nous aura fallu un deuxième passage pour oser nous y aventurer. La récompense nous attendait de l’autre côté des nids-de-poules : une maison traditionnelle japonaise décorée avec goût et rénovée dans le respect de l’architecture d’origine. Le simple fait de passer la soirée là fut un plaisir en soi, absorbés par l’atmosphère séculaire du lieu et bercé par le calme de cette campagne si rare au Japon.

Suite à cette parenthèse bucolique nous sommes remontés dans notre bolide pour reprendre la route du sud, celle de nos contrées montagneuses. Nouvelle enfilade de tunnels, en sens inverse, et nous voilà rendus à Gokayama, la petite sœur timide mais toute aussi charmante que Shirakawa-go. Le site est composé de plusieurs villages, moins étendus que Shirakawa-go, est aussi moins populaire auprès des touristes et garde un air plus authentique puisque les bâtiments de construction récente y sont moins présents.

Enfin, nous avons visité Takayama puisque cette fois la météo était au rendez-vous. Nous avons passé un bon moment au Takayama Jinya, ancien siège du gouvernement local, un bâtiment colossal constitué d’un nombre incalculable de pièces, de chambres, de réduits, de coins et de recoins, chacun ayant une fonction bien précise et une appellation tout aussi précise que j’ai l’une comme l’autre oubliées aussitôt auprès en avoir pris connaissance. C’était magnifique, tant l’intérieur que l’extérieur avec l’inévitable jardin zen. J’en ferais volontiers mon chez moi, j’imagine des parties de cache-cache endiablées avec en contrepartie des factures de chauffage infernales.