Naraijuku

Ancien relais de poste sur la route nakasendo, le chemin historique entre Edo (l’actuelle Tokyo) et Kyoto, Naraijuku est un séduisant petit village. Enlevez-lui ses chaussées goudronnées, ses entrecroisements de fils électriques entre les bâtisses et ses inévitables voitures et vous vous croiriez retournés deux siècles en arrière dans le Japon des Tokugawa.

A l’occasion de la venue de mon cher paternel, nous y avons fait une excursion afin qu’il puisse avoir un aperçu du Japon traditionnel. La visite en images.

Onsen

Au cours de notre voyage dans la péninsule de Noto j’ai, pour la première fois, goûté aux plaisirs du onsen (温泉). Au Japon, archipel volcanique, ces sources chaudes abondent. L’eau est captée et utilisée dans divers bains, bouillonnants ou non, le tout – Japon oblige – encadré par un régiment de règles de bonne conduite.

Lors de cette visite j’étais accompagné de Yumi. En règle général hommes et femmes sont séparés mais les enfants, qu’ils disposent d’un chromosome Y ou non sont autorisés à entrer dans la partie réservée aux mâles.

Une serviette à peu près grande comme une carte de visite est fournie afin de cacher tant bien que mal sa virilité (ou sa féminité). Je n’ai pas vraiment compris si l’usage de ce coupon de tissu est destiné aux pudiques ou à éviter de froisser l’ego d’autrui en exposant un attribut de taille considérable.

Quoi qu’il en soit, après avoir essayé de respecter l’étiquette, j’ai bien vite abandonné tant il est malcommode d’avoir de se balader avec une main sur les gonades et l’autre dans celle de son enfant. Sans compter que la plupart des hommes présents ne s’embarrassaient pas de ça, pour la plus grande hilarité de Yumi, encore dans l’âge ou même la simple évocation du postérieur (et de l’antérieur) est source de rigolade.

Nous avons donc pris place devant l’un des compartiments douches, équipés des inévitables tabouret et bassine, ainsi que de toute une panoplie de cosmétiques. Une fois nos ablutions terminées nous sommes allés tester l’eau volcanique. Trop chaud pour Yumi évidemment, elle s’est contentée d’y tremper les pieds tandis que je travaillais mon teint de peau « langouste ébouillantée ».

Malheureusement il pleuvait des cordes et nous n’avons pas pu profiter du bain extérieur, sans doute moins chaud et plus agréable. A charge de revanche.

Kyoto

A l’occasion de la venue du parrain de Yumi au Japon, nous avons fait une petite excursion à Kyoto, la ville des 1000 temples. C’était très sympa, une visite complètement différente de celle que nous avions fait à deux en 2013 lors de notre premier voyage ensemble au Japon avec Sayaka.

Les enfants ont guidé le choix des visites, nous amenant au musée du train et au zoo. La recrudescence de touristes, notamment asiatiques (chinois et taïwanais en particulier) nous a surpris, et il faut l’avouer, déplu. Pour quelqu’un comme moi ayant horreur de la foule, la visite au temple de Fushimi-Inari, pourtant superbe, a frôlé le calvaire.

Heureusement, après un passage obligé au magasin Ghibli, nous avons dégoté un petit café dans une ancienne bâtisse avec un jardin intérieur juste pour nous et de la bière locale à se pâmer. De quoi se réconcilier avec la ville !

Fidji, c’est fini

Voilà un mois déjà que nous sommes revenus de nos vacances aux îles Fidji. La routine a déjà repris ses droits, nos esprits déjà tendus vers le prochain voyage, épluchant mentalement les destinations possibles. Pour le récit, et surtout les photos du voyage, suivez le guide.

Lever de soleil à Maui Bay

Mais ne partez pas déjà, j’ai une question pour vous : rentrer chez soi, qu’est-ce que cela signifie pour vous ? En ce qui me concerne la réponse ne coule pas de source. Ma maison est ici, à Matsumoto. Il s’agit sans conteste de mon « chez moi », de notre « chez nous » pour être exact. Habitué des déménagements je constate une fois de plus qu’il me faut partir pour que s’ancre en moi le sentiment d’attachement à un endroit.

Ce n’est que depuis le retour de Fidji que la réalité de mon appartenance au Japon et à Matsumoto m’est apparue. Néanmoins, nous étions dans un pays anglophone où il m’était possible de communiquer sans difficulté, de lire les panneaux ou les menus sans effort. De retour « chez moi », me revoilà confronté à des difficultés de compréhension et d’expression, contraint à déchiffrer plutôt que lire les enseignes et à faire face à l’impossibilité de comprendre le moindre document complexe.

C’est au final un mélange incongru. Retour à mon port d’attache, situé dans un environnement qui me reste fondamentalement étranger. Un paradoxe où tout ce qui m’entoure est à la fois familier et mystérieux. Chez moi, la routine est pleine de bizarreries !

Konnichiwa Matsumoto

Nous y sommes ! Notre projet, imaginé au printemps 2016, mûri au cours de l’hiver et vers lequel nous tendions toutes nos pensées récemment s’est concrétisé cette semaine. C’est l’aboutissement de six mois de préparatifs et d’un périple que je m’en vais vous conter.

Yumi et Sayaka à l’aéroport de Lyon

Nos deux derniers jours en France, nous avons été gracieusement hébergés par la marraine de Meï. Nous avons fignoler les bagages, reçu une visite de dernière minute avant notre départ et tenté d’emmagasiner de l’énergie en vue de notre trajet.

Avec les filles dans la salle d’embarquement à Lyon

La première étape en taxi a ravi Yumi qui nous a gratifié d’exclamations telles que « Ouais taxi! » ou encore « Ah ça fait du bien le taxi ! ». Le chauffeur a halluciné devant le nombre bagages que nous emportions, s’interrogeant sur la capacité de son monospace a tout emporter. Avec un peu de méthode nous avons pu tout caser et nous rendre à l’aéroport tous ensemble.

A l’aéroport, Yumi trépignait à l’idée de prendre l’avion et d’aller voir « son Japon ». Tout s’est très bien passé, nous avons même éviter les surtaxes malgré des bagages excédant les 23 kilos. Yumi a adoré le décollage, elle était hilare, lançant un « ça va vite ! » enthousiaste.

Yumi endormie sur mes genoux dans l’avion entre Bruxelles et Tokyo

A Bruxelles nous avons dû courir pour avoir notre correspondance, avec Yumi et Meï ce fut sportif, je vous laisse imaginer. Le second décollage a fait le même effet à Yumi que le premier, à ma plus grande joie. Avec l’excitation elle est resté éveillée jusqu’à 23 heures et a fini par s’endormir sur son siège, d’où elle a manqué de tomber une heure plus tard. Elle a donc dormi en travers de mes genoux, les jambes sur son siège, me réveillant à intervalles réguliers lorsqu’elle changeait de position. Elle a été vraiment adorable tout le long, pas de cris ni de pleurs malgré le manque de sommeil et les repas décalés et à la diététique discutable. Meï quant à elle n’y a vu que du feu, dormant dans sa nacelle tranquillement.

Meï dans sa nacelle

A l’arrivée à Tokyo, je me suis vu délivré un titre de séjour de trois ans m’autorisant à séjourner et à travailler au Japon. Nous avons ensuite récupéré nos bagages, nos poussettes, prenant bien soin d’en oublier un comme cela nous était arrivé en Arménie. La maman de Sayaka nous attendait à la sortie, où nous avons envoyé l’essentiel de nos bagages à Matsumoto. J’avoue m’être entièrement laissé guidé par Sayaka, un peu dépassé par les événements avec la fatigue et la barrière de la langue qui m’a semble insurmontable en ce premier jour.

Nous avons passé notre première nuit à l’hôtel à proximité de l’aéroport de Narita. C’est en bus que nous y sommes allés, nouvelle source de joie pour Yumi qui adore tous les moyens de transports. Elle a souffert du décalage horaire dans a nuit, nous offrant une coupure de trois heures où nous avons chanté des chansons et raconté des histoires afin de tuer le temps en attendant qu’elle se rendorme, vers 2h30 du matin. Autant dire que le réveil à 7 heures le matin m’a fait beaucoup de mal.

Dans le train entre l’aéroport de Narita et Tokyo

Les étapes suivantes se sont faites en train ce qui, vous l’aurez deviné, a fait bondir de joie Yumi, qui en a profité pour dormir une nouvelle fois sur moi entre Shinjuku et Matsumoto. Cette fois c’est le papa de Sayaka qui nous a réceptionné, et bien que nous n’ayons conservé que le strict minimum en termes de bagages, la maman a dû rentrer en bus tandis que nous étions conduit à notre nouvelle maison, pendant que Yumi demandait « Il est où mon Japon ? ».

Yumi fait la sieste dans le train entre Tokyo et Matsumoto

Après trois jours, elle commence à comprendre que notre « maison du Japon » c’est chez nous. Elle a retrouvé beaucoup de ses jouets qui lui font dire « c’est comme d’habitude » (comprendre « c’est comme quand on était en France »). Le décalage horaire commence à s’estomper, et elle a immédiatement reconnu ses grands-parents japonais, à qui elle raconte ses histoires en français mais qui n’en sont pas moins ravis de l’avoir près d’eux.

Meï dans les bras de sa grand-mère japonaise pour la première fois

Il reste encore du chemin à parcourir pour qu’elle se construise un référentiel ici. Elle demande où sont Eline (sa meilleure amie) ou son parrain, demande des « yaourts bleus » de la couleur de l’emballage des yaourts en France et bien sûr du pain, que nous trouvons ici sans difficulté mais qui coûte deux fois et demie ce qu’il coûte en France, pour un goût forcément… différent.

Les filles font la sieste dans le salon à Matumoto

A moi aussi il va falloir du temps pour trouver mes marques dans cette maison que le parents de Sayaka n’ont pas encore eu le temps de déménager entièrement, pour savoir utiliser tous les appareils électroménagers (avec des boutons entièrement en Japonais, c’est compliqué) et surtout pour réussir à communiquer. La panique initiale est passée et je retrouve un peu de mon japonais, toutefois la barre reste haute et trois ans ne seront pas de trop pour parvenir à un niveau qui me satisfasse.

Sayonara Villeurbanne

Il nous aura fallu plusieurs mois pour trier, empaqueter, donner, vendre, recycler, voire jeter lorsque les options précédentes ne pouvaient pas s’appliquer. Ce fut d’ailleurs une source de tergiversations entre Sayaka et moi, elle qui n’a aucun scrupule à se débarrasser de ce qui ne sert plus, et moi qui souffre de jeter des objets pouvant encore servir. Fort heureusement, depuis peu une Givebox (boîte à dons) a été installée juste en bas de (ex) chez nous, ce qui a permis de rétablir la paix dans notre ménage.

Pendant la semaine écoulée nous avons campé dans notre propre appartement, le lit ayant été démonté, la table du salon également et la vaisselle mise en carton. A l’exception des affaires de filles, il ne restait plus grand chose.

Hier nous avons vidé l’appartement bien que nous ne fussions pas encore tout à fait prêts. Mon père est arrivé à 7h du matin du Haute-Savoie (merci papa!) et pendant 3 heures nous avons fait des allers-retours entre le septième étage et le camion garé dans la rue, rayant méchamment le parquet au passage, tandis que Sayaka finissait tant bien que mal d’emballer ce qui n’avait pas eu le temps de l’être.

Il nous a fallu deux heures de route et encore une heure de travail pour retourner en Haute-Savoie, vider le camion, ranger un maximum de choses dans un minimum d’espace dans le deux pièces de mes parents, et remonter le canapé en essayant de ne pas rayer le parquet le nouvelle fois.

Voilà donc, depuis hier soir nous ne sommes plus Villeurbannais mais Lyonnais car hébergés chez des amis avec tout notre barda, dans l’attente du grand départ demain. En espérant que le taxi break sera suffisant pour nous 4, nos 7 valises, les deux poussettes et nos bagages cabine…