Kabuto

A ma grande surprise, j’ai découvert ceci récemment en vente au depâto (centre commercial).

Casque traditionnel japonais : le kabuto

Porté à l’origine par le soldat japonais standard, ce casque est devenu progressivement réservé à l’élite des combattants japonais, à savoir les samouraïs, et à leurs chefs de guerre.

Il est composé d’un dôme (encore heureux sinon il ne servirait pas à grand chose), d’une garde cervicale, de projections latérales représentant des ailes, d’une visière et d’une crête ornementale.

Autre exemple encore plus classe

Ces pièces sont bien entendu décoratives, les Japonais ne portent pas ça pour aller au boulot, même les plus excentriques d’entre eux. C’est un peu l’équivalent nippon des reproductions d’armures médiévales trônant dans les châteaux européens, lesquelles je n’ai toutefois encore jamais vu en vente aux galeries Lafayette.

Pour reprendre la formule consacrée, c’est très beau mais ça ne sert à rien, ce qui est l’essence même d’une oeuvre d’art. Quant à savoir si l’on peut classer un objet guerrier dans cette catégorie, c’est un autre débat.

Enfin, pour nos amis entomologistes amateurs d’anecdotes linguistiques (tranche de population assez réduite s’il en est), sachez que le scarabée rhinocéros japonais est appelé ici kabutomushi, littéralement « l’insecte kabuto ». Quand on voit sa tronche, on comprend aisément pourquoi.

Kabutomushi (photographie libre de droit, issue de l’articule Wikipedia idoine)

C’était un 22 février, il y a 141 ans

Nous sommes en 1877. L’ère Meiji, synonyme d’ouverture du Japon au monde extérieur et de début de l’industrialisation débute à cette époque, a débuté il y a neuf ans. Le pays est en pleine restructuration, tant sociale, culturelle que politique, notamment avec l’abandon du système féodal alors en place.

Le système préexistant faisait la part belle aux samouraïs, lesquels jouissaient alors de nombreux privilèges, disposaient de pouvoirs et de revenus importants. Avec la disparition de ce système ils redeviennent des citoyens ordinaires, perdant leur raison de vivre et voyant leur éthique ancestrale foulée aux pieds par les idées et techniques importées d’occident.

Le 22 février de cette année, sous l’impulsion de Takamori Saigô, pourtant membre du gouvernement Meiji, une armée forte de 25000 (selon la police) à 40 000 (selon les manifestants) samouraïs assiège la caserne de l’armée impériale à Kumamoto. En près de six semaines ils parviennent à tuer plus du double de soldats impériaux qu’ils n’y avait de samouraïs mais cela ne suffira pas. Pour mater la révolte le gouvernement Meiji lança sur Kumamoto une armée de 300000 hommes.

A l’issue de la bataille, il ne reste à Saigô qu’une poignée de samouraïs (200 à 300), qui se replient jusqu’à Kagoshima à l’extrême sud de Kyûshû. C’est là qu’ils furent décimés en septembre de cette même année choisissant la mort au déshonneur en chargeant à cheval les troupes impériales armées de fusils, canons et mitrailleuses Gatling. Saigô se fit seppuku est peut d’une certaine façon être considéré comme le dernier samouraï.

Coïncidence amusante, en japonais, dernier (最後) se dit saigo.