Ameichi, le marché du bonbon

Ce n’est pas parce que c’est l’hiver qu’il ne se passe rien ici. En l’occurrence, samedi dernier nous sommes allés faire un tour au festival あめ市, littéralement le marché du bonbon. A l’occasion, une bonne partie du centre ville est fermé à la circulation. Nous avons donc erré au gré de nos envies, d’un spectacle à l’autre, tantôt écoutant des groupes jouant du tambour, tantôt admirant la performance (pas toujours si performante, avouons-le) de danseurs amateurs.

Les rues étaient parsemées de stands de nourriture, dont les inévitables takoyaki que les filles ont inévitablement réclamé pour leur repas.

Pour l’aspect traditionnel, nous avons pu voir défiler des groupes locaux portant des omikoshi, sorte d’autels portatifs. Portatifs, moyennant le concours d’une trentaine de volontaires prêts à sacrifier une de leurs épaules pour y supporter une fraction du poids non négligeables de ce fardeau.

Omikoshi

La tradition veut que ce festival trouve son origine dans le passé féodal du Japon. Les chefs de guerre rivaux, pour marquer respect et compassion, offrait du sel – denrée précieuse à l’époque – à la région de Matsumoto. Vous ne voyez pas le rapport avec le marché au bonbon ? Moi non plus.

Durant le festival on peut aussi assister à la parade des Sept Dieux de la Chance, se livrant à diverses prestations à travers le centre ville, en distribuant des sucreries aux passants. On y trouve aussi de nombreux stands vendant des friandises, sucettes ou des fukuame (bonbons de bonne fortune). Vous ne voyez toujours pas le rapport avec le marché au bonbon ? Alors là je ne peux plus rien pour vous.

Obon

Toujours en retard, je tenais à vous dire quelques mots à propos du festival « Obon », coutume bouddhiste visant à honorer les morts. Au mois d’août, elle donne lieu à trois jours de célébration durant lesquels les Japonais retournent à leurs origines donnant ainsi lieu au second pic de circulation (donc d’embouteillages) dans le pays. Tout ceci afin de nettoyer la tombe et de faire des offrandes de nourriture à leurs ancêtres. Les esprits des ces derniers sont censés venir saluer leur descendance en visitant l’autel familial qui leur est normalement dédié.

Pendant le festival, les familles accrochent traditionnellement des lanternes aux portes afin de guider les esprits. A l’issue du festival ces lanternes sont déposées dans les rivières ou les lacs voire dans l’océan afin de permettre aux esprits de retrouver leur chemin. Je dis traditionnellement mais il se trouve que les traditions en question varient fortement d’une région à l’autre. Un de mes élèves par exemple n’utilise pas de lanterne, il brûle une certaine essence de bois pendant trois jours, avec le même objectif d’aider ses aïeux à ne pas s’égarer.

Célébré depuis plus de 500 ans au Japon, ce festival donne lieu, on s’en doute, à des festivités. En particulier « Bon odori », « la danse du Bon ». Cette danse existe partout au Japon, avec des variantes locales dont j’ai eu la chance d’apprendre les pas à l’école.

En effet, au cours du défilé de « Bon odori » à travers la ville différents groupes dansent à l’unison en suivant l’air de la chanson connue de tous les habitants de Matsumoto, toutes générations confondues. Malheureusement je n’ai pas pu participer au défilé mais cela ne m’a pas exempté d’avoir à mémoriser la chorégraphie dont voici un extrait avec la musique idoine.

Si je n’ai pas participé au festival je n’ai pu m’empêcher, au cours de la dernière séance de répétition avec mes camarades, de faire le crétin pour amuser la galerie. Ca a plutôt bien fonctionné, les profs m’ont juste demandé sans grande conviction de m’appliquer un peu. Je pensais faire des émules mais c’était sans compter sur la retenue des cultures asiatiques en général (plus de 90% des élèves de l’école sont asiatiques). Eviter de se faire remarquer reste la règle communément appliquée.

Pour conclure je vous laisse avec les paroles de la chanson spécifique à Matsumoto. Les deux premières strophes donnent, selon mon interprétation : « C’est l’été, les pommiers et les poiriers sont en fleurs, le brouillard mouille les cheveux, les cheveux des filles de Shinano. Les lanternes sont allumées pour Matsumoto bon-bon. Matsumoto ville de château, le vent souffle sur les montagnes verdoyantes. Bleues les feuilles de cèdre, bleues les montagnes avoisinantes. Par-delà les douves s’étend la ville, oh hisse oh hisse Matsumoto bon-bon, oh hisse oh hisse. »

J’ai la flemme de traduire en détail le reste, mais en substance il y est question de lucioles, de la rivière Metoba coulant à Mastumoto et de l’obscurité qui règne aux alentours du château et que la faible lanterne (de la chanteuse) ne parvient pas à percer. Les lanternes sont allumées pour Matsumoto bon-bon.

Puis on parle de la lune, du pied de la montagne et qu’elle (toujours la chanteuse) aimerait bien passer ce col de montagne et aller voir de l’autre côté cette ville lointaine. Les lanternes sont allumées pour Matsumoto bon-bon, oh hisse oh hisse et tout le tremblement.

Hakuba

Ce nom ne vous dit sans doute pas grand chose. C’est pourtant l’une des stations de skis les plus prestigieuses du Japon. Elle a notamment accueilli les épreuves de saut à ski et de combiné nordique durant les JO de Nagano en 1998.

En été aussi l’endroit attire les touristes, dont nous, c’est-à-dire les filles filles, leur grand-père japonais (de son surnom « pépé-chan ») et leur père (vraisemblablement moi). Pingres que nous sommes, nous avons choisi d’y aller la semaine où le télésiège était gratuit. Du sommet, une magnifique vue sur la vallée nous attendait, ainsi que diverses activités fort sympathiques : une cabane dans les arbres, un petit sentier forestier, un étang gorgé de têtards, des fleurs à foison et un cor des Alpes. Des Alpes suisses. Au Japon.

Je me suis bien évidemment jeté sur l’occasion. Après quelques tentatives infructueuses j’ai réussi à le faire sonner, à la plus grande joie des filles. La photo de moi en train de m’époumoner a été prise par Yumi, aussi douée que son père pour le cadrage. A quatre ans, et n’ayant jamais suivi de stage photo, elle au moins elle a une excuse.

Sur place nous avons aussi trempé les pieds dans de l’eau thermale, jaillissant à plus de 40°C. Enfin, après leur bento, les filles ont eu droit à une glace chacune offerte, comme il se doit, par pépé-chan. Je me suis donc trouvé contraint à terminer deux glaces (malheureusement pas au wasabi), pauvre goinfre de moi.

Tambour battant

Tous les ans en juillet se tient à Matsumoto le « Taiko Drum Festival ». A la lecture du titre de l’article vous aurez deviné que Taiko (et drum aussi d’ailleurs) signifie tambour.

Les meilleures troupes de tambour de tout le Japon font le déplacement pour participer à ce festival, par ailleurs entièrement gratuit, et permettre au grand public de (re)découvrir cet art ancestral. De nombreuses représentations ont lieu à divers endroits en ville, avec le clou du spectacle en soirée dans l’enceinte de notre superbe château

Toute la famille a apprécié tant l’aspect visuel que musical du spectacle avec en bonus le droit de s’essayer à l’instrument, droit que les filles ont exercé en s’y donnant à cœur joie (contrairement à ce que la photo laisse paraître).

Après ça nous avons mangé une glace et j’ai trouvé la meilleure technique possible pour éviter que Yumi ou Meï ne mange la moitié de mon écot : j’ai choisi la glace au wasabi. Trop épicé pour les enfants, je ne m’en suis pas moins régalé. C’est devenu mon nouveau parfum de glace préféré.