L’école Kaichi

L’une des plus anciennes écoles du Japon se trouve à Matsumoto. Ce fut l’occasion d’une petite visite en famille, gratuite de surcroît étant résidents de Matsumoto. Originellement une école primaire, elle fut aussi un collège, une école pour femmes, un lycée technique pour enseignants et un centre social d’éducation.

Cette école fut fondée en 1873, peu de temps après les réformes en profondeur du système éducatif japonais du début de l’ère Meiji. Le bâtiment, terminé en 1876 est d’inspiration européenne, avec des éléments d’architecture japonaise. Désignée Patrimoine Culturel en 1961 avant de fermer ses portes en 1963, année où l’école fut entièrement déconstruite afin d’être déplacée et conservée avant de devenir un musée en 1965.

 La visite présentait peu d’intérêt pour les filles, à l’exception d’un long corridor séparé de la pièce adjacente par une barrière en bois à travers laquelle elles ont passé un bon quart d’heure à jouer à cache-cache. Soyons honnête, avec l’essentiel des descriptifs en japonais et les filles à surveiller, je ne garderais pas non plus un souvenir impérissable de ce musée. Le bâtiment reste fort agréable à l’œil grâce au cachet certain que lui confèrent ses parquets cirés et patinés et ses pupitres d’écoliers au charme désuet.

C’est joli les maisons anciennes

Mais c’est mal isolé. Alors oui, si avoir une chambre tatami et des shôji (porte coulissantes couvertes de papier de riz translucide) ça fait classe, ça ne protège guère du gel. Nous avons eu une vague de froid assez intense (qui ferait rigoler nos lecteurs outre Pacifique vivant du côté de Montréal) où nous avons flirter avec les -15°C. Et bien quand il fait cette température dehors, les parties non chauffées de la maison sont glaciales; voici quelques exemples.

La condensation sur les fenêtre de la salle de bain gèle. Oui, à l’intérieur. Je vous laisse donc imaginer que quand il est temps de prendre la douche, on amène un chauffage à essence pour réchauffer la pièce.

Fenêtres gelées de la salle de bain

Nous stockons les bières (sans alcool pour Sayaka qui allaite encore Meï) dans l’entrée et elles sont à la température idéale pour célébrer la fin de semaine.

Lorsque j’ai démarré la machine à laver l’autre soir, j’ai dû tordre et détordre le tuyau d’alimentation pour briser la glace à l’intérieur et permettre à l’eau chaude de s’écouler dans la machine.

Bref, on s’amuse bien en hiver ici ! A part ça la maison est géniale, et nous avons une super chambre d’amis (température actuelle dans cette pièce : environ 2°C) pour accueillir la famille et, comme son nom l’indique, les amis.

Matsumoto ice sculpture festival

Les sculptures alignées le long de la douve du château

Le troisième weekend de janvier se tient à Matsumoto un festival de sculpture sur glace aux abords du château.

Environ 5 mètres de haut pour 10 de large

En voyant ça et compte tenu des température clémentes de ce dimanche là (et de l’engouement prononcé de Yumi pour le château), nous n’avons fait ni une ni deux et enfourché notre vélo pour descendre tranquillement en ville. Je ne vous cache pas que la remontée est autrement plus ardue, avec Yumi qui se balance sur son siège derrière moi en ahanant « Ah c’est difficile ! ». 

Quelques sculptures

Ce festival attire des artistes des quatre coins du Japon et même un certain nombre d’étrangers. Ils arrivent le samedi avec leur matériel et réalisent leur sculptures sur place dans la soirée du samedi (pas de photos, nous étions au lit à ce moment là).

Une petite sirène

Comme à chaque festival ici, nous avons droit au contingent habituel de stands de nourriture : soba ou marrons chauds (spécialités de la région), takoyaki et autres délices. Dommage que nous soyons passés vers 10 heures du matin, je me serai bien laissé tenté.

Avec en toile de fond les sommets enneigés des alpes japonaises

Nous avons également pu assister à un spectacle de taiko (tambour) que nous avons adoré Yumi et moi. C’était aussi agréable à l’oreille que visuellement tant les musiciens sont synchronisés. Je vous laisse juger.

Sankuro (三九郎)

L’année japonaise est parsemée de petits festivals et événements en tous genres. Début janvier, nous en avons eu un exemple au parc de Sawamura. Il s’agissait de la cérémonie de Sankuro.

Alignement de tête Daruma, destinée à être brûlées au cours de la cérémonie

Durant cette cérémonie, les sankuros – structures en bambou coniques recouvertes d’un assemblage de branches d’épineux utilisées comme décoration du nouvel an – sont brûlés. Lorsqu’il ne reste que les braises, enfants et parents y font griller des mochis (gâteaux de riz). Ce petit rituel est censé protéger de la maladie jusqu’au prochain Sankuro.

Les jeux de joie à venir

En effet, la croyance veut que les décorations du nouvel an soient bénies et transportent des esprits sacrés (et non pas de sacrés esprits). Les jeter à la poubelle une fois le nouvel an passé ne semblait donc pas convenir pour les faire disparaître. Les habitants du quartier font donc le tour des maisons avec un grand chariot pour récupérer ces décorations (les enfants participent activement à cette collecte) et construire les feux de joie.

Cependant, le nombre déclinant d’enfants au Japon, ainsi que l’aspect écologique lié au réchauffement climatique et à la production de gaz à effet de serre, ont fait décliner annulement le nombre de sankuro à Matsumoto.

Figures de Daruma

Pour la touche culturelle, Daruma est un symbole de chance et de persévérance qui trouve son origine dans les croyances bouddhistes. Pourquoi pas de bras ni de jambes pour ce pauvre bonhomme me direz-vous ? La faute à Bodhidharma, le moine bouddhiste duquel il est inspiré. Ce moine, dans sa quête de l’illumination, avait coutume de regarder fixement des murs vierges. Ce devint une passion chez lui confinant à la monomanie, à tel point qu’il finit par passer neuf années immobile à contempler un mur jusqu’à ce que, atrophiés, les bras lui en tombent (littéralement). Et les jambes aussi pour faire bonne mesure. Voilà, Daruma-san est né !

C’est pas moi, c’est Murphy

Ceux qui n’était pas nés et qui ne vivait pas en France il y a environ un quart de siècle ne comprendront pas l’origine de ce titre abscons. J’ignore moi-même pourquoi il a surgi des tréfonds de ma mémoire. Toujours est-il qu’il me permet d’introduire une anecdote simiesque inédite.

Hier matin sous un soleil radieux et de nombreuses couches de vêtements en nous promenant avec Yumi aux abords du parc de Sawamura, à deux pas de chez nous, nous avons aperçu un macaque japonais, la photo dont je dispose est moyenne : avec mes doigts gourds et ma fille prise de panique à la vue du singe je n’ai guère pu faire mieux avant que l’animal ne disparaisse.

L’animal en question, qui n’a même pas la décence de regarder vers l’objectif

Pour nos amis pisteurs, trappeurs et autres primatologues avertis, j’ajoute la photo d’une empreinte que l’animal a laissé dans la neige (le macque japonais est le primate, à l’exception de l’homme, ayant l’habitat le plus septentrional, il est donc habitué  aux rudes hivers de nos latitudes). Pour les autres je vous laisse avec Murphy.

Empreinte caractéristique de macaque mâle *moue dubitative*

Le kaki n’est pas seulement une couleur moche

C’est aussi un fruit d’automne très répandu au Japon. Nous avons dans notre jardin un plaqueminier du Japon, parfois appelé figuier caque, sur lequel pousse le fruit en question. Ci-dessous des photos de ceux que j’ai mangé depuis.

Il en existe plusieurs espèces que nous classifierons comme suit : les bon à manger dès la cueillette (fuyuu-gaki), et les absolument infects (hachiya-gaki) s’ils n’ont pas été laissé à mûrir complètement (au point d’être complètement mous, voire blets) afin d’en concentrer le sucre et d’en chasser l’abominable astringence (j’exagère à peine). Ces derniers sont d’ailleurs souvent pelés, et laissé à sécher pour devenir des . Sous l’effet du soleil il forment une nouvelle peau et à partir de ce moment ils sont quotidiennement malaxés pendant près d’un mois pour en faire un fruit séché de compétition, au prix proportionnellement démesuré. D’où notre chance de s’en être fait offert une pleine brassée par un local, sans doute charmé par Yumi.

Hoshigaki

Impossible de se promener à Matsumoto en automne sans voir de kaki mûrs sur les plaqueminiers, ou en train de sécher par grappes pendus à des tringles devant les maisons. Il semblerait presque qu’ici les maisons sont vendues avec un plaqueminier dans le jardin, tant il y en a partout. Et le fait qu’il s’agisse d’un fruit d’automne le rend encore plus visible : impossible de rater ce fruit orange vif sur un arbre entièrement effeuillé.

Pour ma part j’aime beaucoup le fruit (la version non séchée contient davantage de vitamine C qu’un citron) dont le goût rappelle un peu celui de la papaye. Sayaka n’aime pas et Yumi, ne mange les fruits que cuits, mixés et s’ils proviennent d’un pommier… En ce qui concerne le kaki, à votre place j’éviterai de le consommer en compote toutefois : on a alors l’impression de manger de la purée de carotte sucrée.

Première neige

Voilà, juste pour vous la première chute de neige en plaine de la saison. Elle n’a pas tenu mais ça fait toujours plaisir à voir. Yumi était prête à aller faire un bonhomme et des boules de neige.

Les premiers flocons de la saison dans le jardin

Shake it baby

Cette nuit nous avons été réveillés par un tremblement de terre, le premier que je ressens depuis notre installation ici, il y a un peu plus de mois. J’étais profondément endormi et ma première pensée fut « Le vent est vraiment violent cette nuit, il fait bouger la maison ». Rapidement toutefois, mon cerveau a émergé des limbes du sommeil pour arriver à la conclusion qu’il fallait plus que du vent pour secouer ainsi une habitation.

Il s’avère que la secousse en question, de magnitude 5.2 et dont l’épicentre était situé à 10km de profondeur,  a eu lieu dans la préfecture de Nagano. La station sismique de Matsumoto a enregistré une magnitude de 3 ce qui explique l’intensité avec laquelle nous l’avons ressenti. La photo ci-dessous montre le pied de l’étendoir à linge qui a été déplacé par la secousse (la position précédente est visible sur le sol car plus claire). A noter, Yumi n’a pas bronché et ne s’est même pas réveillée.

Le pied en béton de l’étendoir, déplacé de presque 10 centimètres par la secousse

De la même façon que pour le passage des missiles nord-coréen, nous avons reçu une alerte SMS sur nos téléphones nous annonçant l’imminence de la secousse, ce qui dans le cas présent nous a fait une belle jambe puisque nous dormions. Pour les informations détaillées, sur le séisme voir le site de l’agence météorologique japonaise (en anglais).

Joyama Park

En toile de fond, les Alpes du Nord

En début de semaine nous sommes allés au parc de Joyama. Rien de dément, mais c’est l’occasion de mettre quelques photos de nous et des couleurs automnales qui commencent à chatoyer dans les arbres.

Nous 4, dans le désordre

Meï, presque 6 mois et 8 kilos

Momiji (érable japonais)

   

Kuma !

Comme si avec les séismes, les typhons, les volcans et les missiles nord-coréens nous n’avions pas suffisamment de menaces, voilà que la semaine dernière un ours a été aperçu sur les berges de la rivière en pleine ville. Descendu des montagnes environnantes, les autorités ne l’ont pas encore capturé mais conseillent aux riverains de bien veiller sur leurs enfants. Décidément, la vie est vraiment une aventure ici !