Ameichi, le marché du bonbon

Ce n’est pas parce que c’est l’hiver qu’il ne se passe rien ici. En l’occurrence, samedi dernier nous sommes allés faire un tour au festival あめ市, littéralement le marché du bonbon. A l’occasion, une bonne partie du centre ville est fermé à la circulation. Nous avons donc erré au gré de nos envies, d’un spectacle à l’autre, tantôt écoutant des groupes jouant du tambour, tantôt admirant la performance (pas toujours si performante, avouons-le) de danseurs amateurs.

Les rues étaient parsemées de stands de nourriture, dont les inévitables takoyaki que les filles ont inévitablement réclamé pour leur repas.

Pour l’aspect traditionnel, nous avons pu voir défiler des groupes locaux portant des omikoshi, sorte d’autels portatifs. Portatifs, moyennant le concours d’une trentaine de volontaires prêts à sacrifier une de leurs épaules pour y supporter une fraction du poids non négligeables de ce fardeau.

Omikoshi

La tradition veut que ce festival trouve son origine dans le passé féodal du Japon. Les chefs de guerre rivaux, pour marquer respect et compassion, offrait du sel – denrée précieuse à l’époque – à la région de Matsumoto. Vous ne voyez pas le rapport avec le marché au bonbon ? Moi non plus.

Durant le festival on peut aussi assister à la parade des Sept Dieux de la Chance, se livrant à diverses prestations à travers le centre ville, en distribuant des sucreries aux passants. On y trouve aussi de nombreux stands vendant des friandises, sucettes ou des fukuame (bonbons de bonne fortune). Vous ne voyez toujours pas le rapport avec le marché au bonbon ? Alors là je ne peux plus rien pour vous.

Azumino Illuminations

Lyon a sa fête des lumières. Nous avons les Illuminations d’Azumino. Certes, l’ampleur n’est pas la même; le cadre en revanche n’a rien à envier à la cité des gônes. Dans un parc où un ruisseau tumultueux alimente un réseau d’étangs avec en toile de fond les Alpes japonaises se découpant ironiquement en ombres chinoises, nous avons flâné sous un tunnel de lumières sur les traces de Cendrillon (le thème de cette année).

Du carrosse au château, des douze coups de minuit au stand de takoyaki, (pour la touche japonaise) tout était réuni pour pour nous immerger dans une ambiance de conte de fées sur fond de musique classique.

Les filles au pas de charge, les parents se relayant pour les photos et la surveillance indispensable des furies, la pause repas pour lutter contre le froid (des takoyakis donc, sorte de petits beignets de poulpe sphérique – je parle ici de la forme des beignets, pas des poulpes – recouverts de la sauce adéquate) et les sachets de riz soufflés, cadeau du père Noël au yeux bridés dévoré sur le chemin du retour – je parle ici du cadeau, pas du père Noël – furent autant d’ingrédients pour une belle soirée en famille.

Obon

Toujours en retard, je tenais à vous dire quelques mots à propos du festival « Obon », coutume bouddhiste visant à honorer les morts. Au mois d’août, elle donne lieu à trois jours de célébration durant lesquels les Japonais retournent à leurs origines donnant ainsi lieu au second pic de circulation (donc d’embouteillages) dans le pays. Tout ceci afin de nettoyer la tombe et de faire des offrandes de nourriture à leurs ancêtres. Les esprits des ces derniers sont censés venir saluer leur descendance en visitant l’autel familial qui leur est normalement dédié.

Pendant le festival, les familles accrochent traditionnellement des lanternes aux portes afin de guider les esprits. A l’issue du festival ces lanternes sont déposées dans les rivières ou les lacs voire dans l’océan afin de permettre aux esprits de retrouver leur chemin. Je dis traditionnellement mais il se trouve que les traditions en question varient fortement d’une région à l’autre. Un de mes élèves par exemple n’utilise pas de lanterne, il brûle une certaine essence de bois pendant trois jours, avec le même objectif d’aider ses aïeux à ne pas s’égarer.

Célébré depuis plus de 500 ans au Japon, ce festival donne lieu, on s’en doute, à des festivités. En particulier « Bon odori », « la danse du Bon ». Cette danse existe partout au Japon, avec des variantes locales dont j’ai eu la chance d’apprendre les pas à l’école.

En effet, au cours du défilé de « Bon odori » à travers la ville différents groupes dansent à l’unison en suivant l’air de la chanson connue de tous les habitants de Matsumoto, toutes générations confondues. Malheureusement je n’ai pas pu participer au défilé mais cela ne m’a pas exempté d’avoir à mémoriser la chorégraphie dont voici un extrait avec la musique idoine.

Si je n’ai pas participé au festival je n’ai pu m’empêcher, au cours de la dernière séance de répétition avec mes camarades, de faire le crétin pour amuser la galerie. Ca a plutôt bien fonctionné, les profs m’ont juste demandé sans grande conviction de m’appliquer un peu. Je pensais faire des émules mais c’était sans compter sur la retenue des cultures asiatiques en général (plus de 90% des élèves de l’école sont asiatiques). Eviter de se faire remarquer reste la règle communément appliquée.

Pour conclure je vous laisse avec les paroles de la chanson spécifique à Matsumoto. Les deux premières strophes donnent, selon mon interprétation : « C’est l’été, les pommiers et les poiriers sont en fleurs, le brouillard mouille les cheveux, les cheveux des filles de Shinano. Les lanternes sont allumées pour Matsumoto bon-bon. Matsumoto ville de château, le vent souffle sur les montagnes verdoyantes. Bleues les feuilles de cèdre, bleues les montagnes avoisinantes. Par-delà les douves s’étend la ville, oh hisse oh hisse Matsumoto bon-bon, oh hisse oh hisse. »

J’ai la flemme de traduire en détail le reste, mais en substance il y est question de lucioles, de la rivière Metoba coulant à Mastumoto et de l’obscurité qui règne aux alentours du château et que la faible lanterne (de la chanteuse) ne parvient pas à percer. Les lanternes sont allumées pour Matsumoto bon-bon.

Puis on parle de la lune, du pied de la montagne et qu’elle (toujours la chanteuse) aimerait bien passer ce col de montagne et aller voir de l’autre côté cette ville lointaine. Les lanternes sont allumées pour Matsumoto bon-bon, oh hisse oh hisse et tout le tremblement.

Brise-pastèques, épisode 2

Vous connaissez maintenant le principe puisque vous m’avez fait l’honneur de lire l’article précédent sur le même sujet. Cette année encore nous avons démoli de la pastèque à grands coups de bâtons molletonnés et de battes en plastique. Yumi avait pour objectif avoué de ne pas regarder où se trouve la cible. Elle a réussi haut la main.

Pour ma part, sollicité cette année encore à achever le dernier fruit récalcitrant, je n’ai pas regardé non plus. En revanche j’ai eu moins de succès que ma chère progéniture comme en attestent les photos ci-dessous.

Tambour battant

Tous les ans en juillet se tient à Matsumoto le « Taiko Drum Festival ». A la lecture du titre de l’article vous aurez deviné que Taiko (et drum aussi d’ailleurs) signifie tambour.

Les meilleures troupes de tambour de tout le Japon font le déplacement pour participer à ce festival, par ailleurs entièrement gratuit, et permettre au grand public de (re)découvrir cet art ancestral. De nombreuses représentations ont lieu à divers endroits en ville, avec le clou du spectacle en soirée dans l’enceinte de notre superbe château

Toute la famille a apprécié tant l’aspect visuel que musical du spectacle avec en bonus le droit de s’essayer à l’instrument, droit que les filles ont exercé en s’y donnant à cœur joie (contrairement à ce que la photo laisse paraître).

Après ça nous avons mangé une glace et j’ai trouvé la meilleure technique possible pour éviter que Yumi ou Meï ne mange la moitié de mon écot : j’ai choisi la glace au wasabi. Trop épicé pour les enfants, je ne m’en suis pas moins régalé. C’est devenu mon nouveau parfum de glace préféré.

Fête de l’école

Le weekend suivant la fin des classes avant les vacances d’été voit s’organiser à l’école de Yumi le « Yochien masturi » (幼稚園祭り), le festival de l’école. Pour l’occasion, l’école est transformée en une vaste salle de jeux, chaque salle de classe ayant un thème donné.

Les enfants, suivis tant bien que mal par leurs géniteurs, se promènent donc, récoltant moult jouets, babioles, bricoles et autres breloques qui viendront encombrer un peu plus les coffres, armoires et autres étagères croulant déjà sous le poids du divertissement enfantin.

Il va de soit que les filles ont adoré, à plus forte raison puisque cela fut pour elle l’occasion de porter un kimono, de voir (et de participer à) un spectacle de danse, de pêcher poulpes, calamars ou méduses fabriqués tout spécialement, de faire décoller une fusée-rouleau-de-papier-toilettes et j’en passe.

Et comme nous sommes au Japon, les réjouissances à peine terminées, tous les parents mettent la main à la pâte pour ranger et nettoyer tandis que leur progéniture se défoule sur la piste de danse.

Fête à Sawamura – 白金町会

En honneur de l’été, nous avons eu droit à une petite fête au parc de Sawamura. Nous n’en avons guère profité, les filles étant fatiguées ce jour là, et la fête ne commençant qu’à 17 heures. Néanmoins elles ont participé à l’activité de peinture collective avec d’autres enfants. En ce qui me concerne j’aurais volontiers participé à l’activité yakitori, bîru (bière) ou yakisoba avec mon estomac mais il était un peu trop tôt.

Des hauts-parleurs diffusaient en boucle de la musique pop japonaise, de la J-Pop pour les connaisseurs. Ceci a naturellement eu pour effet de déclencher chez Yumi un accès de fièvre danseuse que Meï s’est empressée tant bien que mal d’imiter.

Kaeru matsuri

Dimanche dernier nous sommes allés au Kaeru Matsuri, le festival de la grenouille sur Nawate dôri, une rue piétonne longeant la rivière Ta. Du festival en lui-même, peu de choses à dire, il s’agissait avant tout semblait-il de vendre des produits célébrant la grenouille, du Tee-Shirt à la bougie.

Statue de grenouille à l’entrée de Nawate dôri

Devant le temple shinto Yohashira un groupe de musicien emmené par un personnage haut en couleur faisait l’animation, entraînant les passant dans une farandole à l’enthousiasme nippon débordant telle une tempête dans une tasse de thé vert.

Meï profite de sa liberté nouvellement acquise pour découvrir le monde sur ses deux jambes

Pour nous ce fut surtout l’occasion d’une petite sortie en famille, de prendre quelques photos et de suer un bon hectolitre tant la chaleur était écrasante.

Meï avant qu’elle ne hurle d’effroi devant cette grenouille géante

Yumi s’est essayé à la religion shinto en faisant tout d’abord sonner la cloche afin de s’excuser de déranger les esprits. Puis en suivant l’exemple des autres visiteurs, elle a frapper des mains deux fois, montrant ainsi qu’elle vient sans arme et qu’elle prie pour une vie calme et pacifique. Les ablutions ont été omise, je ne l’ai pas non plus vue s’incliner devant l’autel mais pour une première fois elle s’en est plutôt bien sortie.

Yumi tire la corde permettant de faire tinter la cloche

Yumi frappe dans ses mains pour imiter les personnes venues faire leurs dévotions

Meï invente une nouvelle façon de présenter ses respects : tendre les fesses vers l’autel

 

Chirashi

Je l’avais mentionné à l’occasion de la fête des filles en tant que plat traditionnel et il s’avère que nous en avons mangé le jour même. Le chirashi, ou chirashizushi pour le nom complet est un assortiment de poissons crus coupés en petits morceaux, de légumes et d’omelette (tamagoyaki) servis sur un bol de riz.

Nos chirashi du Hinamatsuri

C’est finalement comme un très gros sushi avec l’avantage d’être beaucoup plus rapide et facile à préparer, et plus rassasiant, la quantité de riz étant assez importante (en tout cas chez nous c’est le cas).

Hinamatsuri

Célébré tous les ans le trois mars, le hinamatsuri (雛祭り) aussi appelé « Fête des Filles » ou « Jour des Filles », voit fleurir des estrades à plusieurs niveaux (un à sept) exposant de superbes poupées.

Ce festival est l’un des cinq festivals saisonniers (sekku) du Japon dont l’origine remonte à l’ère Heian. Il s’agit du second sekku de l’année, le premier étant le jour de l’an, le premier janvier. Ce n’est pas une coïncidence si les dates présentent deux fois le même chiffre (01/01, 03/03) – il en va d’ailleurs de même pour les 3 autres sekku ayant lieu le 5 mai, le 7 juillet et le 9 septembre – c’est un très bon augure.

Exemple d’estrade ou reposent les poupées Hina

Les poupées exposées lors de ce festival sont traditionnellement passées de génération en génération : lors de la naissance de la petite fille, parents ou grand-parents transmettent leurs propres poupées. Celles-ci sont parées de costumes traditionnels d’époque (Heian) et le degré de l’estrade sur lequel elles sont positionnées revêt une importance particulière :

– Le premier degré est réservé à l’empereur et son impératrice
– Le second degré est destiné aux trois suivantes de l’impératrice
– Le troisième accueille les cinq musiciens, dont un chanteur (tous des hommes)
– Sur le quatrième sont positionnés deux ministres, ou gardes du corps de l’empereur, séparés par des bols chargés de victuailles
– Le cinquième est celui des protecteurs du couple impérial : le buveur joyeux, le buveur triste et le buveur en colère
– Les sixième et septième ne comportent pas de poupées mais les possessions du couple impérial.

Il faut savoir que ces poupées coûtent une fortune et qu’il est donc fréquent qu’il n’y ai qu’un seul niveau, voire deux (voire aucun ; que voulez-vous, les traditions se perdent ma bonne dame).

Autre exemple, à 168 000 yens, soit 1290€ (hors taxes) au taux actuel, mais c’est quand même classe

Pour l’aspect ludique, le jour de la fête des filles, ces dernières invitent des amis à la maison pour célébrer. Cette sauterie est accompagnée de mets spéciaux comme du chirashi, de la soupe de palourde servie dans un coquillage, ou encore du edamame maze-gohan du riz brun mélangé à des haricots. On sert également des inari sushi (des boulettes de riz enveloppées de tofu), du saumon grillé au miso et de la salade de chou et ramen. Comme les héroïnes de fête sont des filles, les douceurs sont au rendez-vous avec les chi chi dango par exemple qui sont de petits gâteaux de riz (mochi) ou des sakura mochi roses pour la touche féminine et merci pour le stéréotype.

En ce qui me concerne je ferai peut-être des crêpes histoire d’être sûr que Yumi en mange.

L’inévitable rayon dédié au Hinamatsuri au supermarché

On pourrait dire encore des choses sur l’origine du festival mais j’en vois qui commencent à s’endormir au fond, près du radiateur, alors je vous en fait grâce pour cette fois.