Fête de l’école

Le weekend suivant la fin des classes avant les vacances d’été voit s’organiser à l’école de Yumi le « Yochien masturi » (幼稚園祭り), le festival de l’école. Pour l’occasion, l’école est transformée en une vaste salle de jeux, chaque salle de classe ayant un thème donné.

Les enfants, suivis tant bien que mal par leurs géniteurs, se promènent donc, récoltant moult jouets, babioles, bricoles et autres breloques qui viendront encombrer un peu plus les coffres, armoires et autres étagères croulant déjà sous le poids du divertissement enfantin.

Il va de soit que les filles ont adoré, à plus forte raison puisque cela fut pour elle l’occasion de porter un kimono, de voir (et de participer à) un spectacle de danse, de pêcher poulpes, calamars ou méduses fabriqués tout spécialement, de faire décoller une fusée-rouleau-de-papier-toilettes et j’en passe.

Et comme nous sommes au Japon, les réjouissances à peine terminées, tous les parents mettent la main à la pâte pour ranger et nettoyer tandis que leur progéniture se défoule sur la piste de danse.

Anpanman

Ce nom ne vous dit sans doute rien, et pourtant il s’agit de l’un des héros de dessins-animés préférés des Japonais. Selon une enquête réalisée par Goo Ranking, Anpanman est en quatrième position dans le classement du personnage de manga le plus représentatif du Japon derrière Doraemon, Pikachu et Mario mais devant Hello Kitty, Sangoku ou Totoro.

Albums de Anpanman

Pour comprendre le personnage, il faut savoir ce qu’est un anpan. An, vient de anko, la pâte de haricots rouges (azuki), et pan, c’est simplement la transcription en japonais de « pain ». Anpan est donc un pain fourré à la pâte de haricots rouge, et Anpanman, c’est l' »homme-pain fourré aux haricots rouge ».

Ce brave Anpanman est né par une belle soirée d’été lorsqu’une étoile filante atterrit dans le four de Jamuojisan (ジャムおじさん, Tonton Confiture) où cuisait tranquillement un anpan. Sa tête étant comestible, il ne lui est pas nécessaire de boire ou de manger; personne ne l’a d’ailleurs jamais vu s’adonner à de telles occupations. Il tire sa force de sa tête et perd ses pouvoirs si elle est mouillée, salie ou endommagée de quelque manière que ce soit, même pour de charitables raisons telles que nourrir les affamés. En effet, la générosité sans bornes de ce héros va jusqu’à laisser les ventres vides se remplir en grignotant un morceau de son chef.

Dans de telles circonstances, Jamuojisan, aidé de Batakosan (バタコさん、 Mademoiselle Beurre), prépare une nouvelle tête de Anpanman pour remplacer l’ancienne, dont personne ne sait ce dont il advient. J’espère que quelqu’un s’en sustente, ça serait bien dommage de gâcher un anpan par épisode. Curieusement toutefois, plus besoin d’étoile filante pour préparer cette nouvelle tête. A croire que Jamuojisan à compris le truc et s’est installé un générateur d’étoile filante dans son four.

Baïkinman (ばいきんまん, l’homme bactérie) est l’éternel rival d’Anpanman. Issu de l’immigration en provenance de la planète Germes, il rêve de contaminer la planète de Anpanman et ses amis mais en attendant d’en avoir les moyens, se contente volontiers de kidnapper quiconque lui permettant de mettre Anpanman à sa merci, de jouer des tours à Anpanman et ses acolytes voire de voler le goûter des enfants ou de se déguiser pour obtenir un repas à l’œil. Il a constamment l’estomac vide.

Les amis d’Anpanman sont nombreux. Tout d’abord Chîzu (チ-ズ、Fromage) le chien vaillant, partageant le logis de Jamuojisan et Batakosan. Puis vient Karêpanman ( カレーパンマン , l’homme pain au curry) qui a la particularité de pouvoir cracher du curry à la face de ses adversaires, leur brûlant ainsi les yeux où la gorge s’ils ont le malheur d’ouvrir la bouche au mauvais moment. Il y a aussi Shokupanman ( しょくぱんまん , l’homme pain de mie), le beau gosse de la bande, gentil comme tout, presque efféminé, a tendance narcissique.

Arrivés beaucoup plus tard, nous citerons Melonpanna ( メロンパンナ , la fille pain au melon) qui a le pouvoir d’attendrir les méchants, Rollpanna ( ロールパンナ , la fille pain roulé) sœur de Melonpanna et personnage sans doute le plus complexe de la série puisqu’elle a deux cœurs et va tantôt agir pour le bien ou pour le mal. Enfin, il y a Kurîmupanda ( (クリームパンダ , le garçon pain à la crème) le plus jeune de la bande.

Du côté des méchants, outre Baïkinman, nous avons les Kabirunrun (かびるんるん) , les sbires de Baïkinman (« kabi » veut dire moisissure en japonais). Dokinchan (ドキンちゃん), est l’acolyte féminine de Baïkinman. Elle est égoïste, puérile, gourmande et amoureuse de Shokupanman. Pour compléter la bande, nous avons Horāman ( ホラーマン, l’homme horreur) un squelette pleutre, pas vraiment méchant ni particulièrement gentil, amoureux de Dokinchan, laquelle méprise ouvertement les égards du pauvres bougre.

Créé en 1973 la série de manga papier, arrêtée en 2013 en raison de la mort du créateur, compte environ 110 volumes. Elle a été déclinée en une série de dessins animés à partir de 1988 et compte plus de 1300 épisodes (série en cours).

Compte tenu du succès commercial de la série, vous imaginez bien la quantité de produits dérivés tirés de la série. Eh bien laissez-moi vous dire que vous êtes encore loin compte. Outre les inévitables et innombrables jouets, on trouve de tout. De la papeterie aux chocolats, des senbei (crackers de riz soufflé) à la vaisselle, tout y passe. Il existe même du sirop pour la toux ou des autocollants à l’effigie d’Anpanman et ses amis censés repousser les moustiques. Rien n’arrête le mercantilisme !

Kamishibai

Le kamishibai (紙芝居, théâtre de papier) est une forme de divertissement japonaise, en vogue durant les années 1930 et jusqu’à l’avènement de la télévision au cours du XXème siècle.

Non, je n’évoque pas ce sujet avec pour seul but de vous assommer de mes connaissances hétéroclites en matière de culture japonaise. Outre le grand nombre de professeurs (environ trois) lisant ce blog et pouvant être intéressés, il se trouve que Yumi est devenue grande amatrice de cet art d’une délicieuse désuétude.

Le mot Kamishibai fait référence à la fois à l’art et au support sur lequel repose son principe. Il s’agit d’un ensemble de planches illustrées sur une face, placées sur une scène miniature. Le kamishibaiya, l’artiste narrateur, fait défiler les planches une à une, racontant l’histoire dont le texte est rédigé au verso de chacune des planches.

De cette façon, le narrateur peut toucher une audience assez large (de l’ordre d’une trentaine d’enfants) car les planches sont en général au format A3. Durant l’âge d’or du kamishibai au Japon, on estimait à environ 2500 le nombre de kamishibaiya en activité, chacun donnant en moyenne 10 représentations par jour soit un total de près d’un million d’enfants spectateurs par jour.

Aujourd’hui les kamishibaiya de profession ont presque disparu. Il reste toutefois possible d’emprunter des kamishibai à la bibliothèque la plus proche de chez vous pour devenir vous-même un artiste adulé des enfants, en tout cas des vôtres.

La forêt tyrolienne

Ou comment vendre un air de germanisme à des Japonais. Il s’agit d’un parc familial, je n’oserai pas dire un parc d’attractions, dont le thème est le Tyrol, cette charmante région autrichienne, aussi éloignée géographiquement que culturellement de notre archipel favori.

チロルのもり (lire tchiroru no mori) la « forêt du Tyrol » nous a certes permis de changer un peu de nos repaires habituels lorsque nous y avons amené les filles en novembre (oui je suis en retard dans la rédaction de ce blog) mais je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai été dépaysé.

Architecturalement, il y a un air de ressemblance avec la Bavière, et l’idée que je me fais du Tyrol. En revanche, diffuser en boucle de la musique à base d’accordéon criard, ce n’était pas vraiment nécessaire. J’espère aussi que les enfants Japonais qui visitent le parc ne vont pas imaginer que les alpagas en captivité qui s’y trouvent sont eux aussi d’origine autrichienne.

Si l’on ajoute à cela que le moindre jeu pour enfant est payant, en plus du ticket d’entrée au parc, je vous laisse imaginer que les parents ne garderont pas un souvenir des plus reluisants de cette journée.

Les deux réussites de la journée resteront le repas, à base de pizza au feu de bois vraiment délicieuse et authentiquement tyrolienne, tout comme la glace à l’italienne d’ailleurs, et la première chevauchée de Yumi sur une haridelle en fin de carrière douce comme un agneau.

Jeux d’enfants

Comme partout, les bambins japonais adorent glisser sur les toboggans, courir après un ballon, faire de la balançoire ou du vélo. Si ces activités sont universelles, qu’en est-il des jeux un tantinet plus élaborés ? J’entends par là les jeux avec des règles définies, que seuls les moins de dix ans peuvent saisir dans toute leur profondeur.

Commençons par la base. Chez nous, on appelait ça jouer au loup. Un enfant endosse le costume de l’animal mal aimé et pourchasse ses camarades à en perdre haleine, dans l’espoir de toucher l’un d’eux, lequel deviendra à son tour le canidé (ou sera éliminé selon les variantes), et ainsi de suite jusqu’à l’épuisement, ou plus vraisemblablement jusqu’à l’heure de rentrer à la maison.

Ici, ce jeu s’appelle onigokko (鬼ごっこ), littéralement « faire semblant d’être (gokko) un démon (鬼, oni) ». Le principe est le même : Oni, le démon, a pour but de toucher tous ses camarades pour les éliminer tour à tour jusqu’à l’extinction. Le jeu se décline en de nombreuses variantes dont certaines trouvent un écho en France. Par exemple, dans la variante koori-oni, si vous êtes touchés par le démon, vous êtes gelés sur place mais pouvez être dégelés si un de vos camarades vient vous toucher. Ou encore taka-oni, version dans laquelle si vous ne touchez pas le sol le démon ne peut rien contre vous.

J’aime aussi beaucoup la version infectieuse du jeu où chaque enfant touché par le démon devient lui-même un démon qui s’en va alors propager le mal à travers la marmaille présente.

Ensuite, je citerai cache-cache, pour lequel je ne vous ferai pas l’affront d’expliquer le principe. La différence majeure ici réside dans le décorum plutôt que dans le jeu lui-même. Là où j’ai grandi, on comptait jusqu’à 10, 20 ou davantage en fonction de la taille de l’espace de jeu, puis celui ou celle désigné par le sort se mettait à la recherche des autres. Ici, celui qui compte jusqu’à 10 (souvent appelé Oni d’ailleurs) crie « もういいかい? » (mô ii kai?) signifiant « maintenant vous êtes prêts ? ». Si ce n’est pas le cas on répond « まだだよ! », (mada da yo) « pas encore », auquel cas Oni attend quelques secondes avant de poser à nouveau la question et ce jusqu’à ce que tout le monde réponde « もういいよ! », (mô ii yo) « maintenant c’est bon, yo! » Quand Oni trouve quelqu’un, il est de rigueur de crier « みいつけた! » (miitsuketa), en insistant à loisir sur le ‘i’.

Pour compléter ce tour d’horizon, c’est « 1, 2, 3 soleil » que j’évoquerai. Le nom japonais de ce jeu est « だるまさんがころんだ、 Darumasan Ga Koronda », soit « Monsieur Daruma est tombé ». Pour ceux qui aurait loupé l’épisode, j’ai parlé de Darumasan dans cet article. Là où « 1, 2, 3, soleil » a 5 syllabes, Darumasan Ga Koronda en a 10 (il s’agit ici de « syllabes » japonaises, qu’il conviendrait d’appeler des mores s’il l’on voulait être précis et pédant) : Da-ru-ma-sa-n-ga-ko-ro-n-da. On dispose donc d’autant de temps pour avancer au Japon qu’en France puisque (selon mon souvenir) l’on marque une légère pause entre chaque syllabe dans la version gauloise.

Pour le reste le principe du jeu reste le même, sauf si l’on est aperçu en train de bouger par celui qui déclame « Darumasan ga koronda » à toute allure (appelons-le Oni pou plus de confusion). Alors ça se complique : celui qui est vu en train de bouger doit tenir la main de Oni. Quand un des joueurs parvient à toucher Oni sans se faire surprendre en train de bouger, ou – le cas échéant – s’il parvient à séparer la main de Oni de celle du joueur précédemment capturé, alors tout le monde (sauf Oni) s’enfuit en courant mais doit s’arrêter dès que Oni hurle « とまれ! » (tomare) , « Stop ! ». Si Oni peut toucher un des fuyards en faisant trois pas ou moins, alors celui-ci devient Oni. Quand je vous disais qu’il fallait avoir moins de 10 ans pour comprendre les règles, j’ai oublié de mentionner qu’il fallait aussi doctorat.

Dans tous ces jeux, le Oni est désigné par « Jan-Ken-Pon », le pierre-papier-ciseaux japonais utilisé dans toutes les situations. J’en ai fait l’expérience dans mon cours de conversation japonaise quand il s’agissait de déterminer qui parle en premier : Jan-ken-pon. Je ne serais pas surpris qu’au bureau on décide qui doit se charger des tâches ingrates de cette façon.

Pour la touche culturelle, sachez qu’il existe un film appelé « Real Onigokko », dont le titre est assez évocateur, et un autre « As the gods will » où les perdants du jeu « Darumasan ga koronda » sont mis à mort. De l’hémoglobine à foison en perspective.

Undôkai

Le weekend dernier au parc de Sawamura se déroulait un événement particulier : le undôkai (運動会), un rassemblement sportif. Dès 8h30 du matin, nous étions tous assemblés sur la pelouse, bien alignés. Après les présentations d’usage et quelques mesures de ce que j’ai cru reconnaître comme l’hymne national nippon, nous avons démarré l’échauffement.

Pour ceux qui doutaient encore que le sport c’est sexy

Autre exemple, tout aussi flatteur

De Yumi à son grand-père, des élèves de maternelle aux retraités, tout le monde s’étire, sautille sur place, enchaîne les flexions et extensions sous les imprécations du prof de gym au rythme duquel nous nous activions. Ne comprenant pas un traître mot de ses explications, j’avais toujours un temps de retard, contraint que j’étais de me calquer sur mes voisins. Pire que comprendre une conversation téléphonique, essayer de comprendre une personne qui ahane dans un micro.

Les coureurs de l’école primaire

Puis ont débuté les courses de vitesse pour les enfants. Yumi a participé dans la catégorie « J’ai 3 ans, je ne comprends pas ce que je dois faire et je panique parce que mon papa n’est pas là ». Elle qui en temps normal a du sang d’Usain Bolt dans les veines et laisse sur place même les garçons les plus grands de sa classe s’était muée en limaçon terrorisé et j’ai du m’époumoner pour la faire arriver au bout. Ses deux concurrents ne valaient pas vraiment mieux ce qui lui a permis à elle de terminer en seconde position et de repartir avec un paquet de gelée à l’ananas et à moi de repartir avec un orgueil de papa intact.

Yumi (avec son chapeau blanc) sur la ligne de départ

L’événement était lancé, ce fut alors un enchaînement de jeux dignes de nos kermesses – en nettement plus sportif tout de même – où la buvette ne sert que du thé et où il n’y a pas d’âge pour participer.

Course de cerceaux

La fin de la crèche

Hier Yumi est allée pour la dernière fois à la crèche japonaise car dans trois semaines elle commence la maternelle, première étape d’une longue série qui la mènera vers le monde du travail, puis la retraite pour pouvoir se reposer un peu.

Pour reprendre sérieusement, la crèche ici présente des spécificités étonnantes. Première chose, il s’agit de réussir à réserver une place pour son enfant. Comme seule Sayaka travaille, nous ne sommes pas prioritaires et ne pouvons pas bénéficier d’un accueil régulier. Chaque mois donc, le 15 à partir de 12h30 précises, les réservations ouvrent pour le mois suivant. Enfin, si vous parvenez à joindre la personne en charge. En effet, comme ce genre de structures est rare ici et malgré la natalité en berne au Japon, les places sont prises d’assaut.

Donc j’ai passé environ 140 appels téléphoniques le 15 février avant de réussir à obtenir quelqu’un aux alentours de 14h15, pour m’entendre dire qu’il n’y a plus de place et qu’on me rappellera pour me donner des disponibilités. Vous noterez que j’ai réussi à téléphoner en japonais ce qui est une grande victoire pour moi, bien que je ne puisse pas prétendre avoir compris tout ce que l’on m’a expliqué. Ni même les trois-quarts. Une petite moitié peut-être.

Autre fait étonnant, c’est non seulement à nous de fournir les couches – ce qui ne me choque pas – c’est aussi à nous de les récupérer ! D’ailleurs, il est demandé d’inscrire notre nom sur les couches pour être sûrs que l’on nous rende bien les bonnes. Comme si nous allions nous rendre compte d’une substitution.

Yumi devait aussi apporter son futon et sa couverture lorsqu’elle y dormait, mais la tétine était interdite. Elle amenait sa propre petite tasse, ses bavoirs, ses serviettes et nous devions fournir des sacs plastique, là encore à notre nom, pour recueillir l’éventuel linge sale.

Le matin, sur la feuille de route, les parents doivent indiquer l’heure d’arrivée, l’heure de départ prévue, la température de l’enfant (j’ai toujours mis la même, nous n’allions quand même pas prendre la température de Yumi quand il est évident qu’elle est en forme) la qualité du sommeil la nuit précédente, la quantité prise au petit-déjeuner et, détail ravissant, l’évacuation ou non des selles le matin ou la veille au soir. Une petite inquisition en bonne et due forme.

Hinamatsuri

Célébré tous les ans le trois mars, le hinamatsuri (雛祭り) aussi appelé « Fête des Filles » ou « Jour des Filles », voit fleurir des estrades à plusieurs niveaux (un à sept) exposant de superbes poupées.

Ce festival est l’un des cinq festivals saisonniers (sekku) du Japon dont l’origine remonte à l’ère Heian. Il s’agit du second sekku de l’année, le premier étant le jour de l’an, le premier janvier. Ce n’est pas une coïncidence si les dates présentent deux fois le même chiffre (01/01, 03/03) – il en va d’ailleurs de même pour les 3 autres sekku ayant lieu le 5 mai, le 7 juillet et le 9 septembre – c’est un très bon augure.

Exemple d’estrade ou reposent les poupées Hina

Les poupées exposées lors de ce festival sont traditionnellement passées de génération en génération : lors de la naissance de la petite fille, parents ou grand-parents transmettent leurs propres poupées. Celles-ci sont parées de costumes traditionnels d’époque (Heian) et le degré de l’estrade sur lequel elles sont positionnées revêt une importance particulière :

– Le premier degré est réservé à l’empereur et son impératrice
– Le second degré est destiné aux trois suivantes de l’impératrice
– Le troisième accueille les cinq musiciens, dont un chanteur (tous des hommes)
– Sur le quatrième sont positionnés deux ministres, ou gardes du corps de l’empereur, séparés par des bols chargés de victuailles
– Le cinquième est celui des protecteurs du couple impérial : le buveur joyeux, le buveur triste et le buveur en colère
– Les sixième et septième ne comportent pas de poupées mais les possessions du couple impérial.

Il faut savoir que ces poupées coûtent une fortune et qu’il est donc fréquent qu’il n’y ai qu’un seul niveau, voire deux (voire aucun ; que voulez-vous, les traditions se perdent ma bonne dame).

Autre exemple, à 168 000 yens, soit 1290€ (hors taxes) au taux actuel, mais c’est quand même classe

Pour l’aspect ludique, le jour de la fête des filles, ces dernières invitent des amis à la maison pour célébrer. Cette sauterie est accompagnée de mets spéciaux comme du chirashi, de la soupe de palourde servie dans un coquillage, ou encore du edamame maze-gohan du riz brun mélangé à des haricots. On sert également des inari sushi (des boulettes de riz enveloppées de tofu), du saumon grillé au miso et de la salade de chou et ramen. Comme les héroïnes de fête sont des filles, les douceurs sont au rendez-vous avec les chi chi dango par exemple qui sont de petits gâteaux de riz (mochi) ou des sakura mochi roses pour la touche féminine et merci pour le stéréotype.

En ce qui me concerne je ferai peut-être des crêpes histoire d’être sûr que Yumi en mange.

L’inévitable rayon dédié au Hinamatsuri au supermarché

On pourrait dire encore des choses sur l’origine du festival mais j’en vois qui commencent à s’endormir au fond, près du radiateur, alors je vous en fait grâce pour cette fois.

 

Yumi et le langage

Pour ceux qui ont fréquenté Yumi cette dernière année, ils ont pu se rendre compte que c’est une bavarde. Elle parle sans arrêt, récite ses livres à voix haute quand nous n’avons pas d’oreille à lui prêter, et le reste du temps elle chante.

Avec sa maman au château de Matsumoto

Je ne vais pas m’extasier ici sur ses capacités à parler pour son âge, certains enfants de deux ans et demi parlent mieux qu’elle d’autres moins bien. Ce qui est intéressant en revanche c’est d’observer le processus d’appréhension de la langue japonaise jour après jour. A son arrivée, elle produisait de temps en temps un ou deux mots de japonais; cela me faisait rire car c’était assez rare. Cependant, le contact presque quotidien avec sa grand-mère japonaise et ses débuts à la crèche locale lui ont fait faire un pas de géant dans la compréhension et surtout dans l’utilisation du japonais.

Elle a même tendance des fois à me parler en japonais ou à essayer dans les deux langues lorsqu’elle a l’impression que nous n’avons pas compris. Quoi qu’il en soit, nous avons remarqué qu’elle passe spontanément au japonais avec sa grand-mère et que les après-midis après la crèche elle utilise plus volontiers sa langue maternelle (par opposition à sa langue paternelle).

Amour sororel

Elle a également compris que Sayaka et moi parlions des langues différentes. Si par exemple je lui montre un dessin d’ours et que je lui demande ce que c’est elle me répondra indifféremment « ours » ou « kuma ». Je lui demande alors comment on dit en japonais ou en français et elle prononce l’autre mot. Je m’amuse systématiquement à lui demander dans les deux langues quand il s’agit de noms que je connais en japonais, ainsi elle m’aide à réviser !

Comme nous avons des tendances tortionnaires, nous l’avons inscrite à des cours d’anglais, histoire de corser le mélange. Il s’agit surtout de chanter et de répéter quelques mots basiques mais là aussi, magie du cerveau, elle cloisonne parfaitement et comprend qu’il s’agit encore d’une autre langue.

Avec les filles dans notre salon

Elle nous a particulièrement fait rire lorsqu’elle a essayer de répéter « pasokon » (ordinateur en japonais, contraction de personal computer) et qu’elle a sorti quelque chose qui ressemblait suspicieusement à « c’est pas con ». Nous avons d’ailleurs appris à surveiller notre langage puisqu’elle répète absolument tout. Par ma faute, elle est devenue une adepte du « J’en ai marre ! », « Ca me soûle ! », « c’est casse-pied » (prononcé kapsié par Yumi). C’est après l’avoir entendu dire « medre » que nous avons pris conscience du besoin de faire attention. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas auprès de moi qu’elle a récupéré ce mot-là. Merci maman !

Un peu de nous

Juste comme ça rapidement une photo de nous 4 devant le château, prise hier au cours d’une petite promenade en famille.

Nous quatre au château

Comme vous pouvez le constater il fait beau, les filles vont bien, nous aussi, à plus forte raison puisque Sayaka ne travaille toujours pas et que nous profitons à fond de nos enfants. La belle vie en somme.

A noter que Yumi en grande fan des animaux a adoré regarder les carpes qui nagent dans les anciennes douves, et qui accourent au devant des passants dans l’espoir de glaner quelque nourriture. Malheureusement pour elles, chez nous le pain n’a pas le temps de rassir et elles sont restées sur leur faim.