Joyeux anniversaire !

Nous y voilà, cela fait donc un an jour pour jour que nous vivons à Matsumoto. Finies les errances initiales, terminées les vacances prolongées en famille, adieu les hésitations du nouvel arrivant. Jamais plus je ne serai un nouveau venu dans ce pays, l’étonnement bien que toujours susceptible de surgir à l’improviste, ne m’attend plus au tournant de chaque nouvelle journée.

Pour faire court, j’aime cette vie ici. Certes, la connaissance intime de sa brièveté est au cœur de cet amour. J’envisagerais sans doute autrement la question si je devais passer le reste de ma vie dans ces conditions. L’absence d’amis, notamment, parfois pesante deviendrait invivable sans la perspective d’un retour en France. Une vie sociale plus riche est d’ailleurs tout ce qui me manque pour que le tableau soit idéal.

Heureusement, je donne des cours à des adultes, je suis un cours de conversation hebdomadaire et belle-maman nous rend visite plusieurs fois par semaine, me permettant ainsi de fréquenter les mêmes personnes régulièrement et d’éviter le sentiment de vie en totale autarcie avec les filles.

Mes compétences linguistiques, encore loin d’être au niveau espéré, progressent toutefois sensiblement. J’emprunterai volontiers une poignée de neurones à Yumi, son apprentissage étant de tout évidence bien plus rapide et nettement moins douloureux que le mien.

En tout cas l’expérience est déjà riche d’enseignements pour toute la famille. L’échange des rôles avec Sayaka se passe bien et nous permet à chacun de mieux appréhender le ressenti de l’autre quand nous vivions en France. Yumi manque encore un peu d’amis proches ici, la faute aussi aux vacances d’été survenues alors qu’elle commençait à trouver son rythme à l’école. Dès la mi-août elle y retourne et devrait assez rapidement se construire avec ses camarades. Elle garde néanmoins le contact avec sa meilleure amie de la crèche, dont elle parle encore régulièrement et qui, nous espérons ardemment, viendra nous rendre visite l’année prochaine.

Meï pour sa part a vécu plus longtemps ici qu’en France. Elle est confrontée aux deux langues dans des proportions bien plus équilibrées que ne l’était Yumi à son âge. Pour cette raison, nous ressentons que sa compréhension du japonais est meilleure que celle de Yumi mais en contrepartie que son vocabulaire au même âge est plus limité. Pour l’instant, à part « maman », « papa », « uuuun » (oui), « iya da » (j’aime pas/je veux pas), les hochements de tête et autres dénégations, il n’y a pas grand chose à en tirer.

En résumé, ça nous plaît beaucoup et nous ne voudrions pas que cela s’arrête maintenant. Nous savons aussi que nous ne voulons pas rester ici pour le restant de nos jours. Il ne nous reste déjà plus que deux ans pour en profiter pleinement !

Petit bilan

Voilà cinq mois que nous sommes au Japon, l’année 2017 se termine en douceur avec un verre de Glühwein (cadeau de Noël de mes beaux-parents, qui semblent déjà bien connaître mes goûts), tandis que les filles dorment du sommeil du juste : il est à peine 21 heures.

La vie japonaise n’a déjà plus de secrets pour moi, tout du mohins en ce qui concerne les aspects logistiques quotidiens : faire les courses, déposer et récupérer Yumi à la crèche, répondre au téléphone pour expliquer poliment que je n’entrave que dalle au japonais ou communiquer avec mes beaux parents sur des sujets complexe tels que la météo, l’heure qu’il est ou encore le menu de mon dernier repas.

Je force le trait, vous vous en doutez mais le fait est que le langage est et restera probablement tout au long de ce séjour l’élément le plus gênant pour moi car il implique un isolement de facto du reste de la population. Difficile de se faire des amis si les sujets de conversation se bornent au lieux communs évoqués plus haut. Le travail et le lien social qu’il représente me manque cruellement, bien plus qu’une baguette, un camembert ou un verre de bourgogne.

Mais soyez sans crainte, les compensations existent et sont même nombreuses. Le temps que je passe avec mes enfants qui, je le constate jour après jour, grandissent et changent à une vitesse incroyable. La nourriture, en particulier le poisson, tout simplement délicieuse ici. Bon, mon absence de revenu m’impose une certaine retenue dans mes désirs de découvertes gustatives, mais il n’en reste pas moins qu’un simple sandwich au tonkatsu ça le fait autant, voire plus qu’un jambon-beurre-cornichons. Cela dit, je ne dirait pas non à un bon gros pot de cornichons là tout de suite, accompagnement idéal pour un verre de vin chaud…

La maison est également une compensation superbe pour nous comme pour les filles. Un petit jardin, de la place, pas de bruits de voisinage, un super parc à deux pas, idéal pour les enfants, les grand-parents à proximité en cas de besoin (par exemple pour emmener Sayaka chez le médecin en pleine nuit tandis que je reste à la maison surveiller les filles).

La météo : ici nous n’avons pas de période de mauvais temps pendant plus de deux jours consécutifs, exception faite lors du passage d’un typhon. Finies les semaines de grisaille lyonnaise. Cela peut sembler anodin mais pour le moral et pour Yumi qui entre en ébullition si elle passe plus d’une journée sans mettre le nez dehors, c’est capital.

Le service à la japonaise. Je l’ai déjà mentionné mais le fait de pouvoir recevoir un colis le dimanche, faire des courses quand le besoin s’en fait sentir sans s’interroger sur les journées d’ouverture du magasin (7j/7 de 9 heures à 22 heures pour les curieux), d’avoir des vendeurs qui se démènent pour me renseigner lors de l’achat d’un nouveau flexible de douche malgré mon incompétence linguistique.

En résumé, c’est le pied pour l’instant, reste à voir à la longue si les conversations avec Yumi me suffiront et si je n’aurais pas pris 12 kilos à force de compenser en me gavant de sandwich au tonkatsu 🙂

Et bonne année 2018 !