Une habitude perdue

Il est des habitudes que l’on s’attend à perdre lorsque l’on s’expatrie. Je m’attendais évidemment à ne pas trouver de boulangerie à chaque coin de rue. Je soupçonnais que les pharmaciens hausseraient les sourcils et m’adresseraient un regard navré à la mention de Doliprane ou d’Ibuprofène. Finie la conduite à droite; ici les voitures non diesel se nourrissent d' »ordinaire » (レギュラー, soit la transcription de du « regular » américain).

Mais ce n’est que récemment que je me suis aperçu d’une disparition pourtant flagrante. Un geste quotidien, naturel, voire instinctif, auquel j’ai renoncé sans même m’en rendre compte. Et il aura fallu qu’une Japonaise – compagne d’un expatrié Français avec lequel j’ai sympathisé – me la rappelle lors de leur venue chez nous. Il s’agit de la bise. Le fameux « salut *smack* tu *smack vas *smack* bien ? ».

C’est précisément parce qu’elle est japonaise (teintée de France tout de même puisqu’elle y a vécu quatre ans et qu’elle parle la langue) que j’ai pris conscience de l’oubli de ce bon vieux bisou aérien faisant pourtant partie de ma culture depuis la plus tendre enfance. De la même façon, la poignée de main me vient désormais moins spontanément que l’inclinaison du buste pour saluer : les mains le long des cuisses pour les hommes, croisées devant soi pour les dames, l’inclinaison – d’une durée variable selon le contexte – varie de 15 à 45 degrés en fonction de l’interlocuteur. Sortez vos rapporteurs !

Visiteurs

Ces deux dernières semaines ont été riches en rebondissements pour nous, vivant en autarcie dans notre cercle familial. Des gens à la maison ! Branle-bas de combat !

Tout d’abord des amis Français, présents le jour de mon anniversaire, qui nous ont ramené des tonnes de choses de France. De la nourriture évidemment, mais aussi de la lecture en français pour les filles ou encore un pantalon pour Sayaka qui ne lui arrive pas au milieu du mollet : c’est le problème quand on mesure 10 centimètres de plus que la taille moyenne nationale.

J’ai donc pu parler en Français de tout mon soûl et j’ai même été gâté; Yumi s’est d’ailleurs jeté sur mon cadeau. Merci les amis en tout cas 🙂

Puis durant le long weekend de la Golden Week ce sont des amis de Sayaka qui nous ont rendu visite en provenance de la capitale nippone avec leurs deux garçons de 4 et 2 ans. Comme nous, il sont un couple gaijin-japonaise, lui étant Allemand bien que noir de cheveux et asiatique de faciès. Prenez ça dans vos dents messieurs les fanatiques de la « race » aryenne.

Autre merveille de la mixité, nous avions le choix entre l’anglais et le japonais comme vecteur commun de communication. Bien qu’étant le maillon faible dans cette langue, j’ai choisi le japonais, trop heureux d’avoir une occasion de le pratiquer. J’ai également tenté de déterré mes souvenirs d’allemand du lycée mais tout ce que j’ai pu dire fut « Ich habe alles vergessen » ce qui est évidemment faux, sans pour autant être très loin du compte. Lui avait également quelques restes de français et des bases de chinois; elle parle le thaï pour y avoir fait une année d’échange et travailler pour Thaï Airways. Si on y ajoute mes notions d’espagnol, je ne vous raconte pas le mélange.

Grâce à eux j’ai donc eu deux jours de mise en pratique fort bienvenue et fort épuisante. C’est incroyablement fatigant d’essayer de se concentrer à longueur de journée dans une langue étrangère. Je comprends mieux pourquoi Sayaka s’effondrait de fatigue tous les soirs  à l’époque où nous avons commencé à parler exclusivement français entre nous.

Grâce à leurs enfants nous avons pu constater que nos filles sont assez calmes. En particulier l’aîné de 4 ans était intenable. Outre une passion pour les insectes (il a ramené à la maison une coccinelle le premier jour et une sauterelle le second), il s’est pris d’affection pour moi. Dès le deuxième jour il venait me prendre par la main pendant les promenades (chose qu’il refusait à son père, les enfants ont un don pour être vexants envers leurs parents) et m’a même demandé de lui lire une histoire en français.

Grâce à ces visites les filles se sont beaucoup amusées. Nous avons senti que Yumi avait besoin de parler et d’entendre du français avec d’autres que nous. Elle a aussi adoré jouer avec Kenta et Masato et quand les uns puis les autres sont repartis, elle a versé des larmes.

Pour ma part, je me suis consolé en mangeant des bonbons à l’alcool de mirabelle en provenance directe de France.