Okinawa – printemps 2019

En 2019, à l’occasion de l’abdication de l’empereur Heisei en faveur de son fils, la golden week s’est vue considérablement rallongée. Pas moins de 10 jours non travaillés consécutifs par le truchement d’une enfilade de jours fériés. Nous avons donc sauté sur l’occasion pour partir en vacances une dizaine de jours, direction Okinawa (沖縄).

Pour les Japonais, Okinawa c’est un peu l’équivalent des Antilles ou de la Réunion des Français : les tropiques dans le confort de son propre pays. Situé à peu de distance à l’est de Taïwan, l’archipel d’Okinawa (nom de l’île principale) est la partie du Japon la plus australe.

20 et 21 avril 2019 : Matsumoto – Nagoya – Ishigaki

Pour y aller depuis chez nous, rien de plus simple : faire trois heures et demi de route jusqu’à Nagoya (en admirant sur une bonne partie du trajet des cerisiers en fleurs sur fond de montagnes enneigées), passer une nuit difficile dans une minuscule chambre d’hôtel (avec vue sur le Pacifique tout de même) et s’embarquer dans un avion pour deux heures trente de vol. C’est en tout cas ce que nous espérions. C’était sans compter sur le faux atterrissage, ce moment où, alors les roues de l’avion s’apprêtent à toucher le sol tant convoité, le pilote remet les gaz pour reprendre de l’altitude. Trop de vent dans le dos, on ne peut pas atterrir, on risquerait la sortie de piste.

Nous avons donc eu droit à un tour gratuit d’une demie-heure d’avion afin d’atterrir dans l’autre sens et de prendre le vent de face. A l’arrivée, le Japon, toujours, mais une flore et une faune différente. Des panneaux en japonais, les mêmes magasins, les mêmes produits, des gens toujours aussi polis mais bien plus bronzés et au faciès légèrement différent. Des créoles Japonais en quelque sorte.

22 Avril : Ishigaki

Notre première journée complète sur l’île d’Ishigaki (石垣) fut plus belle que prévue, au regard de la météo. Nous en avons donc profité pour admirer quelques jolis points de vue et faire un tour dans un bateau à fond de verre grâce auquel nous avons vu, entre autres, quelques poissons clowns et des tortues marines. Et comme il s’agit des vacances nous avons également profité de notre jolie maison de location pour ne rien faire et profiter de la douceur, du paysage et de la famille.

23 Avril : Ishigaki

La seconde journée à Ishigaki était le jour de mon anniversaire. A cette occasion le choix de l’itinéraire pour la journée m’est revenu, j’ai donc opté pour un road trip jusqu’à l’extrême nord de l’île à travers des paysages assez sauvages, tantôt le long de la côté, tantôt dans les terres.

Au retour nous avons fait halte sur la plage de Yonehara (米原) en suivant des routes improbables, guidés par notre GPS. Cependant, la fatigue et le vent violent ont eu tôt fait de nous faire plier bagages pour retrouver la paix de notre logement. L’après-midi j’ai emmené Yumi voir les vaches (le bœuf d’Ishigaki est réputé au Japon) à la ferme toute proche. Son nez délicat n’a pas supporté longtemps les effluves des offrandes bovines à la terre nourricière, nous avons prestement fait demi-tour.

En fin de journée nous avons réussi à trouver une pâtisserie pour le gâteau d’anniversaire, et ce malgré des indications très approximatives fournies par une employée de supermarché. Meï et Yumi ont choisi chocolat, Sayaka a opté pour la mangue et j’ai pour ma part jeté mon dévolu sur un gâteau fraise-matcha. Ajoutez à cela, une bougie en forme de cœur (choix de Yumi) une excellente bière locale et vous aurez les ingrédients d’une célébration simple mais réussie d’un passage à l’âge canonique de @#& ans.

24 Avril : Ishigaki – Taketomi

Pour notre dernière demi-journée à Ishigaki, nous avions fait le choix d’une visite de grotte. La mise en valeur des stalactites et stalagmites laissait un peu à désirer, tout comme globalement les installations du site. Avec par-dessus le marché Yumi qui avait décidé de parcourir la grotte au pas de charge, nos souvenirs de cet endroit risquent d’être flous.

Il y avait également là-bas un crabe de cocotier en captivité, espèce inhabituelle de crabes géants capables de grimper aux arbres (notamment aux cocotiers, on s’en doute) pour se nourrir, échapper à la chaleur ou aux prédateurs. Toutefois, le point fort de la visite fut la fraîcheur. Nous devrions tous avoir une grotte dans notre jardin où nous réfugier en cas de canicule…

L’après-midi, après avoir rendu notre voiture de location, laissé une paire de sacs à la consigne de l’aéroport, chevauché un bus jusqu’au port et embarqué sur un bateau, nous avons accosté sur l’île de Taketomi (竹富). Six kilomètres de long sur quatre de large pour une population avoisinant les 400 âmes, il s’agissait de notre halte détente absolue puisque les véhicules thermiques y sont presque inexistants.

Le logement fantastique, déniché par Sayaka, disposait d’une salle de bain munie d’une baie vitrée donnant sur le jardinet privatif où une seconde baignoire – en plein air celle-ci – était installée.

Enfourchant les vélos mis à disposition par nos hôtes, nous sommes allés à la plage profiter du beau temps et d’une eau turquoise de carte postale. Malheureusement les maillots de bain étaient restés au logement. J’ai donc endossé ma casaque de Poulidor pour un aller-retour sur les chapeaux de roues, les genoux venant me meurtrir le menton à chaque coup de pédale avant que je ne décide de régler la selle à la bonne hauteur.

Pas de photo décente du coucher de soleil à Taketomi : je suis allé au point de vue idoine une bonne demi heure trop tôt, et de toute façon les nuages s’empilaient à l’horizon, ça n’aurait rien donné.

25 Avril : Taketomi

Le petit déjeuner fut énorme, somptueux. J’en ai l’eau à la bouche à la simple évocation de son souvenir. Suite à cela nous avons tenté la promenade à vélo pour découvrir le village de l’île. Nous avons vite compris notre erreur, les filles avaient en tête une seule chose : la plage. Nous sommes retournés à la même, encore plus belle avec la marée haute. J’y ai effectué une tentative ratée de sauvetage de bouée fugueuse emportée par le vent, tandis que les filles folâtraient sur le rivage.

Après-midi farniente et dégustation de glaces (ube, beniimo et Okinawa salt cookies pour moi). Les glaces des enfants ont été terminées par les parents tout comme celles achetées la veille par Sayaka, à moitié fondues dans notre mini frigo. Cela ne nous a pas empêché le soir de commander un superbe repas livré « à domicile » : curry local et soba d’Okinawa.

Pour finir la journée en beauté nous avons admiré en amoureux le ciel étoilé, constellé d’étoiles innombrables, bien plus visibles là-bas sans la pollution lumineuse de la ville.

26 avril : Taketomi – Sesoko

Quelle longue journée que celle-ci. Débutée sous les meilleures auspices par un nouveau petit-déjeuner divin, il nous a ensuite fallu dire au revoir, ou plutôt sayonara, à Taketomi la douce. Le trajet inverse s’est alors amorcé : mini-bus jusqu’à l’embarcadère, bateau jusqu’au port d’Ishigaki, bus en direction de l’aéroport, avion jusqu’à Naha sur l’île d’Okinawa, bus jusqu’à l’agence de location de voiture et enfin voiture jusqu’à l’île de Sesoko (瀬底) reliée à Okinawa par un pont de 762 mètres de long.

Ce trajet nous aura fait acquérir une certitude : nous n’avions aucune envie de nous éterniser à Naha, plus grande ville des îles Ryûkyû, gangrenée d’embouteillages. En revanche, notre logement fait entièrement en bois de la main du propriétaire, nous a ravi. Il disposait de hamacs intérieur et extérieur, d’une petite terrasse et même d’une tour d’observation !

27 avril : Sesoko

Nous nous sommes rendus à l’aquarium d’Okinawa, le plus grand du Japon et le troisième plus grand d’Asie. Yumi, peut-être dans l’espoir de battre un record du monde, était prête à courir du début à la fin de la visite. Nous avons tout de même réussi à l’intéresser aux poissons et à bien en profiter. Les raies manta et les requins baleines en particulier, étaient impressionnants de grâce et de beauté.

Ensuite un spectacle gratuit de dauphins et marsouins était donné. Les enfants ont bien aimé, en ce qui me concerne j’ai vraiment du mal avec les animaux dressés, je réserve donc mon jugement. Petite déconvenue pour le repas, les « ocean burgers » contenaient en réalité un steak de poulet, pas de poisson, un vrai scandale.

Les enfants ont alors profité des jeux en plein air avant de rentrer. Tout le reste de la journée, le GPS tenait absolument à nous ramener à l’aquarium, impossible de lui faire entendre raison. Le soir, j’ai emmené Yumi à la plage pour le coucher de soleil, encore raté en raison des nuages

28 avril : Sesoko

En cette seconde journée dans le nord d’Okinawa, la météo n’a pas été de la partie. Nous avons donc opté pour une promenade aux alentours du cap Bise (備瀬崎) tantôt sur des sentiers bordés d’arbres formant un tunnel de verdure fort reposant, tantôt le long de la mer.

Sur le chemin du retour nous avons fait une pause pour un café dans un Starbucks doté d’une vue incroyable sur la mer du Japon, et ce malgré le temps exécrable. Il ne nous aura tout de même pas empêché, à Yumi et moi, de tremper les pieds dans la mer ce temps.

29 avril : Sesoko – Ginowan

En route pour Ginowan (宜野湾), nous avons visité le NeoPark, un centre animalier peu étendu, néanmoins plaisant. Beaucoup d’oiseaux batifolaient au sein d’une immense volière dans laquelle les visiteurs peuvent pénétrer et flâner à leur guise. Par la suite une zone africaine, une zone sud-américaine, une zone australienne et une pseudo ferme ont occupé notre matinée.

Entre les tortues géantes (sur lesquelles certains parents japonais irrespectueux – combinaison inhabituelle – n’ont pu s’empêcher d’asseoir leur enfants pour la photo souvenir, photo que je leur aurait volontiers fait avaler avec l’appareil photo en dessert), les capybaras, les pécaris, les casoars , les autruches, les émeus et le reste, les filles en ont bien profité. Mais évidemment ce sont les chiens, les chèvres, les cochons d’Inde et les lapins qui ont eu le plus de succès.

Lors des deux énormes averses de la matinée nous étions à couvert. On appelle ça la chance des Moenroko. Pour finir, en tant que parents modèle nous (comprendre Sayaka puisque je vis à son crochet) avons offert un tour de train aux enfants et parcouru une seconde fois le parc.

L’après-midi, nous avons fait escale – sur les conseils du propriétaire – à la plage d’Araha (アラハビーチ) près de notre logement de Ginowan. Inattendue, cette halte était idéale pour se reposer un peu tout en profitant d’une jolie vue. Les étrangers étaient particulièrement nombreux, et pour cause, la base américaine de Camp Foster à proximité. Nous avons évidemment eu la dernière place de parking disponible et du soleil, la chance des Moenroko encore une fois.

La journée s’est terminé en beauté par un coucher de soleil, encore raté, la chance des… ah non pas cette fois.

30 avril : Ginowan

Pour varier un peu, nous avions ce jour-là décidé de visiter le château de Shuri (首里城). Siège du pouvoir du royaume des îles de Ryûkyû jusqu’en 1879, il est ensuite passé sous contrôle japonais avant d’être presque entièrement détruit en 1945 au cours de la seconde guerre mondiale. Reconstruit à partir de 1992 sur la base de documents historiques et de photos, il est désormais classé au patrimoine mondial de l’humanité.

On s’en doute, cela manque franchement d’authenticité puisque l’essentiel a à peine un quart de siècle. Toutefois cela donne une bonne idée du style architectural et du mode de vie des rois de Ryûkyû. Naturellement ce que Yumi a préféré était l’activité confection de couronne organisée à l’occasion d’une commémoration dont j’ai oublié le motif.

L’après-midi, plage, et le soir nous avons abandonné l’idée du coucher de soleil. Chance des Moenroko ou pas, il faut savoir reconnaître sa défaite. Pour compenser nous avons fait une orgie de nourriture pour finir nos denrées périssables.

1er mai : Ginowan – Naha

Dernier jour de vacances, météo moisie. Nous l’avons occupée en visitant le marché couvert de Naha où nous avons mangé un excellent repas dans un petit restaurant. Les filles y ont eu beaucoup de succès et reçu beaucoup de « kawaï ». J’y ai même pu goûter le habushû (ハブ酒), l’alcool local dans lequel marine un serpent non moins local et particulièrement venimeux : le habu. Ce fut fort gouleyant et fort dispendieux puisque ce dé à coudre de breuvage aura été responsable à lui seul du tiers de l’addition. Le reste de la journée il a plu sans discontinuer, nous avons donc traîné à l’appartement.

2 mai : Naha – Nagoya – Matsumoto

Trajet inverse, retour chez nous : voiture, bus, avion, voiture, voiture, voiture et enfin maison ! Presque dix heures de trajet, des filles adorables tout le long ou presque, il ne reste plus qu’à attendre le prochain voyage !