Fête de l’école

Le weekend suivant la fin des classes avant les vacances d’été voit s’organiser à l’école de Yumi le « Yochien masturi » (幼稚園祭り), le festival de l’école. Pour l’occasion, l’école est transformée en une vaste salle de jeux, chaque salle de classe ayant un thème donné.

Les enfants, suivis tant bien que mal par leurs géniteurs, se promènent donc, récoltant moult jouets, babioles, bricoles et autres breloques qui viendront encombrer un peu plus les coffres, armoires et autres étagères croulant déjà sous le poids du divertissement enfantin.

Il va de soit que les filles ont adoré, à plus forte raison puisque cela fut pour elle l’occasion de porter un kimono, de voir (et de participer à) un spectacle de danse, de pêcher poulpes, calamars ou méduses fabriqués tout spécialement, de faire décoller une fusée-rouleau-de-papier-toilettes et j’en passe.

Et comme nous sommes au Japon, les réjouissances à peine terminées, tous les parents mettent la main à la pâte pour ranger et nettoyer tandis que leur progéniture se défoule sur la piste de danse.

Rendez-moi ma politesse

Vous avez sans doute, comme c’était mon cas avant de m’expatrier, une image des Japonais comprenant les mots : poli, courtois, révérencieux ou velu (attention, il y a un piège).

Sachez qu’avant d’atteindre un certain degré d’apprentissage de la langue, j’étais encore loin du compte dans ma compréhension de cette politesse toute nippone. Là où nous autres rustres de francophones mal dégrossis, nous avons à notre disposition trois maigres registres de langues (familier, courant, soutenu), le japonais nous offre une palette bien plus large pour perdre notre latin.

Le découpage en registre est plus subtil en japonais qu’en français, notamment parce que les « registres » s’entremêlent, s’additionnent et se cumulent au choix de l’orateur. Pour faire simple il existe les registres familier, poli, respectueux et humble. Respectueux et humble se distinguent de cette façon : en utilisant le registre respectueux, je place mon interlocuteur au-dessus de moi (rien de sexuel ici) ; en utilisant le registre humble, je me place au-dessous de mon interlocuteur (idem). On peut donc combiner les deux, moi au fond de la fosse des Mariannes, vous sur le toit du monde.

Toutefois, le japonais étant un langage de nuances, tout n’est pas si simple. En particulier, les verbes « donner » et « recevoir » ont la particularité de se décliner en fonction de l’interlocuteur. Si je donne un cadeau à mon professeur, mon chef ou au PDG de Nissan quand il n’est pas en garde-à-vue (le cadeau va du bas vers le haut en termes de hiérarchie) je n’utilise pas le même verbe que si je donne un cadeau à mon enfant (du haut vers le bas) ou à mon ami (même niveau… si, si, je vous place au même niveau que moi, soyez rassurés).

Il en va de même pour le verbe recevoir, ou le verbe « être donné » intraduisible autrement en français. Nous pourrions résumer la liste des verbes disponibles pour l’échange de « petits quelque chose » et de « trois fois rien » (cela fait partie de la politesse de dénigrer ce que l’on offre) comme suit :

  • Je te donne (donner familier)
  • Je vous donne (donner respectueux)
  • Je reçois de vous (recevoir respectueux)
  • Je reçois de toi (recevoir familier)
  • Vous me donnez (« être donné » respectueux)
  • Tu me donnes (« être donné » familier)

Pour plus de confusion, ces verbes sont aussi utilisés en conjonction des autres verbes pour indiquer que quelqu’un a fait quelque chose pour moi. Par exemple « Mon prof m’a expliqué ça » deviendrait au choix « Mon prof m’a donné de m’expliquer ça » ou « J’ai reçu de mon prof de m’expliquer ça ». Vous suivez ?

D’autres verbes triés sur le volet ont aussi une variante humble et respectueuse. « Aller » et « venir » deviennent un seul et même verbe dans le registre humble par exemple. Dans le registre respectueux, ils sont même rejoints par le verbe « se trouver/être ». Ce serait donc la misère pour comprendre les allées et venues de son patron s’il n’existait pas les particules (sortes de préposition) pour démêler l’aller du retour.

« Manger » et « boire » eux-aussi deviennent un verbe unique. « Faire, dire, regarder, savoir » ont des versions humbles et respectueuses, « rencontrer, recevoir, demander » des versions humbles.

Dès lors que l’on souhaite s’exprimer convenablement dans la langue de Sangoku, il est donc nécessaire d’apprendre en triple exemplaires les verbes de base, en tâchant de ne pas se planter dans le sens de la flèche.

J’en rajoute ou je m’arrête là ? Allez, maintenant que j’ai commencé…

Cerise sur le gâteau donc, pour parler à ses supérieurs, nous avons le choix entre trois « conjugaisons » différentes (applicables évidemment aux verbes du registres respectueux). Le registre humble est moins bien loti avec une seule conjugaison spécifique.

Je manque malheureusement de connaissances pour évoquer les formules de politesse en fin de mail, mais pour en avoir reçu quelques-uns lors de mes entretiens d’embauche, il semblerait que la surenchère soit de mise dans la politesse. C’est à celui qui sera le plus respectueusement humble, ou humblement respectueux, allez savoir…

Je terminerai par un chiffre : 12. C’est environ le nombre de manières de dire « s’il vous plaît » lorsque l’on demande à quelqu’un de faire quelque chose, chacune avec un degré de politesse légèrement différent des autres.

Je vous remercie divin lecteur d’avoir daigné posé vos yeux si clairvoyants sur les médiocres lignes des cet article humblement écrits d’une main malhabile.

Kyoto

A l’occasion de la venue du parrain de Yumi au Japon, nous avons fait une petite excursion à Kyoto, la ville des 1000 temples. C’était très sympa, une visite complètement différente de celle que nous avions fait à deux en 2013 lors de notre premier voyage ensemble au Japon avec Sayaka.

Les enfants ont guidé le choix des visites, nous amenant au musée du train et au zoo. La recrudescence de touristes, notamment asiatiques (chinois et taïwanais en particulier) nous a surpris, et il faut l’avouer, déplu. Pour quelqu’un comme moi ayant horreur de la foule, la visite au temple de Fushimi-Inari, pourtant superbe, a frôlé le calvaire.

Heureusement, après un passage obligé au magasin Ghibli, nous avons dégoté un petit café dans une ancienne bâtisse avec un jardin intérieur juste pour nous et de la bière locale à se pâmer. De quoi se réconcilier avec la ville !

Anpanman

Ce nom ne vous dit sans doute rien, et pourtant il s’agit de l’un des héros de dessins-animés préférés des Japonais. Selon une enquête réalisée par Goo Ranking, Anpanman est en quatrième position dans le classement du personnage de manga le plus représentatif du Japon derrière Doraemon, Pikachu et Mario mais devant Hello Kitty, Sangoku ou Totoro.

Albums de Anpanman

Pour comprendre le personnage, il faut savoir ce qu’est un anpan. An, vient de anko, la pâte de haricots rouges (azuki), et pan, c’est simplement la transcription en japonais de « pain ». Anpan est donc un pain fourré à la pâte de haricots rouge, et Anpanman, c’est l' »homme-pain fourré aux haricots rouge ».

Ce brave Anpanman est né par une belle soirée d’été lorsqu’une étoile filante atterrit dans le four de Jamuojisan (ジャムおじさん, Tonton Confiture) où cuisait tranquillement un anpan. Sa tête étant comestible, il ne lui est pas nécessaire de boire ou de manger; personne ne l’a d’ailleurs jamais vu s’adonner à de telles occupations. Il tire sa force de sa tête et perd ses pouvoirs si elle est mouillée, salie ou endommagée de quelque manière que ce soit, même pour de charitables raisons telles que nourrir les affamés. En effet, la générosité sans bornes de ce héros va jusqu’à laisser les ventres vides se remplir en grignotant un morceau de son chef.

Dans de telles circonstances, Jamuojisan, aidé de Batakosan (バタコさん、 Mademoiselle Beurre), prépare une nouvelle tête de Anpanman pour remplacer l’ancienne, dont personne ne sait ce dont il advient. J’espère que quelqu’un s’en sustente, ça serait bien dommage de gâcher un anpan par épisode. Curieusement toutefois, plus besoin d’étoile filante pour préparer cette nouvelle tête. A croire que Jamuojisan à compris le truc et s’est installé un générateur d’étoile filante dans son four.

Baïkinman (ばいきんまん, l’homme bactérie) est l’éternel rival d’Anpanman. Issu de l’immigration en provenance de la planète Germes, il rêve de contaminer la planète de Anpanman et ses amis mais en attendant d’en avoir les moyens, se contente volontiers de kidnapper quiconque lui permettant de mettre Anpanman à sa merci, de jouer des tours à Anpanman et ses acolytes voire de voler le goûter des enfants ou de se déguiser pour obtenir un repas à l’œil. Il a constamment l’estomac vide.

Les amis d’Anpanman sont nombreux. Tout d’abord Chîzu (チ-ズ、Fromage) le chien vaillant, partageant le logis de Jamuojisan et Batakosan. Puis vient Karêpanman ( カレーパンマン , l’homme pain au curry) qui a la particularité de pouvoir cracher du curry à la face de ses adversaires, leur brûlant ainsi les yeux où la gorge s’ils ont le malheur d’ouvrir la bouche au mauvais moment. Il y a aussi Shokupanman ( しょくぱんまん , l’homme pain de mie), le beau gosse de la bande, gentil comme tout, presque efféminé, a tendance narcissique.

Arrivés beaucoup plus tard, nous citerons Melonpanna ( メロンパンナ , la fille pain au melon) qui a le pouvoir d’attendrir les méchants, Rollpanna ( ロールパンナ , la fille pain roulé) sœur de Melonpanna et personnage sans doute le plus complexe de la série puisqu’elle a deux cœurs et va tantôt agir pour le bien ou pour le mal. Enfin, il y a Kurîmupanda ( (クリームパンダ , le garçon pain à la crème) le plus jeune de la bande.

Du côté des méchants, outre Baïkinman, nous avons les Kabirunrun (かびるんるん) , les sbires de Baïkinman (« kabi » veut dire moisissure en japonais). Dokinchan (ドキンちゃん), est l’acolyte féminine de Baïkinman. Elle est égoïste, puérile, gourmande et amoureuse de Shokupanman. Pour compléter la bande, nous avons Horāman ( ホラーマン, l’homme horreur) un squelette pleutre, pas vraiment méchant ni particulièrement gentil, amoureux de Dokinchan, laquelle méprise ouvertement les égards du pauvres bougre.

Créé en 1973 la série de manga papier, arrêtée en 2013 en raison de la mort du créateur, compte environ 110 volumes. Elle a été déclinée en une série de dessins animés à partir de 1988 et compte plus de 1300 épisodes (série en cours).

Compte tenu du succès commercial de la série, vous imaginez bien la quantité de produits dérivés tirés de la série. Eh bien laissez-moi vous dire que vous êtes encore loin compte. Outre les inévitables et innombrables jouets, on trouve de tout. De la papeterie aux chocolats, des senbei (crackers de riz soufflé) à la vaisselle, tout y passe. Il existe même du sirop pour la toux ou des autocollants à l’effigie d’Anpanman et ses amis censés repousser les moustiques. Rien n’arrête le mercantilisme !

Umeboshi

Cette spécialité culinaire japonaise ne fait pas nécessairement l’unanimité. Il s’agit d’un fruit « ume » (梅) séché (boshi, 干) communément consommé au Japon. Si « ume » veut dire prune en japonais, le fruit en question tient davantage de l’abricot.

Sachant que « mushi » (虫) dont la traduction générale est « insecte », inclut entres autres les araignées ou les vers de terre, on pardonnera aisément la confusion.

Ce fruit, par nature acide et salé, est fermenté dans du sel, le jus étant ainsi extirpé. L’acidité et la salinité du fruit se trouvent donc accrues. Il en résulte, lors de la consommation, des grimaces improbables allant dans le pire des cas à de complets froncements de visages du plus bel effet.

Pour ma part j’adore ça, j’en mange une chaque matin avec mon bol de riz (cf. photo ci-dessus). Certaines sont fermentées dans du miel et perdent un peu de leur acidité. On peut en trouver également au shiso, le basilic japonais, au kombu, au katuobushi…

Elles avaient la faculté intéressante, par leur acidité et de leur salinité, de ronger les boîtes à lunch en aluminium extrudé utilisées dans les années 60. Elle ne sont pour l’instant pas encore venues à bout de mon estomac, j’ai été entraîné à la dure étant enfant (ah si ma mère lisait ça…).

Au Québec, il semblerait que l’on appelle ce mets « prune au vinaigre » mais peut-on vraiment faire confiance à des gens qui mangent leurs frites avec du fromage en caoutchouc recouvert de sauce brune ?

Cérémonie d’ouverture (bis)

Je répare avec cet article un petit oubli. Voilà près de deux mois et demi que je suis étudiant en japonais à Marunouchi Business School et j’ai oublié de vous parler de la cérémonie d’intronisation.

Le 12 avril, tous les étudiants faisant leur rentrée ont donc été conviés à l’hôtel Buena Vista de Matsumoto. Lustres à pendeloques, foisonnement d’orchidées en pot, bruissement de robes achetées pour l’occasion et geignements de chaussures en cuir trop neuves constituaient le décor un tantinet formel de la matinée.

Dans l’assistance étaient présents les étudiants, bien sûr, les professeurs, évidemment, la directrice, cela va sans dire ; sans oublier la ribambelle d’officiels de la ville de Matsumoto, de représentants des divers partenaires et sponsors de l’école, tous rigidement engoncés dans leurs tailleurs et costumes, masquant tant bien que mal leur ennui.

La vidéo de propagande de l’école a ouvert le bal, puis ont suivi les discours de la directrice, de divers élèves à différents stades d’études au sein de l’école, l’interminable présentation des invités, celle des professeurs non moins expéditive et, pour terminer, la séance photos où la directrice de la section étude de japonais, telle une abeille affamée volant de fleur en fleur, allait de groupe en groupe collectionner des selfies avec tout ce qui se tenait sur deux jambes.

Mes souvenirs sont aujourd’hui un peu flou quant à l’ordre précis des festivités, je vous laisse par conséquent vous référer au programme ci-après.

Pour l’anecdote, j’ai une fois de plus eu à supporter une erreur dans mon patronyme, avec toutefois une touche originalité. Ce fut en effet, une fois n’est pas coutume, mon prénom la victime de l’écorcheur de noms, par lequel je suis voué à être poursuivi où que j’aille jusqu’à la fin des temps.

Salut à toi le professeur

Le respect de ses aînés et de ses supérieurs est une des clefs de voûte de la culture japonaise. Il en va de même, c’est une évidence, pour l’élève envers son professeur. Je l’ai constaté de l’intérieur depuis mon entrée à l’école de japonais en avril.

J’ai souvenance d’une prof d’allemand au lycée qui exigeait que nous nous levâmes lorsqu’elle nous faisait l’honneur de pénétrer dans la salle de classe. Ici, le principe est similaire. Après l’entrée du professeur dans la salle, un des élèves annonce « kiritsu » (起立), manière formelle de dire « se lever » ou « debout ». A l’unisson, la classe se dresse dans une rigidité toute nippone, avant que le même élève ne poursuive en se fendant d’un « reï » (礼) du plus bel effet. Cette formule a pour but d’inciter tous ses camarades à saluer le professeur (« reï » signifie « salut » ou « saluer »).

Là, on incline le buste, évidemment. Toutefois, en ce qui concerne la formule à prononcer à l’égard de l’enseignant, les choses se compliquent un peu puisque nous avons plusieurs cas de figure :

  • c’est le matin avant 10 heures, on dit « ohayô gozaïmasu » (bon matin)
  • c’est pendant la journée, par exemple après la pause de 10h30, on dit « konnichiwa » (bonjour)
  • c’est la fin du cours, on dit « o-tsukaresama deshita », formule à peu près intraduisible, signifiant approximativement « vous avez bien travaillé, vous devez être fatigué »

Enfin, dans un dernier soubresaut, notre élève lance un déchirant « tchaku seki » (着席) littéralement « enfilez vos sièges » ou plus politiquement correct « asseyez-vous bande de nazes ».

Et grâce à moi, une fois de plus, vous éviterez les impairs lors de votre prochaine cours au Japon.

PS : Dans ma légendaire mansuétude, j’épargne à mes élèves ces formalités, je me contente du « o-tsukaresama deshita » en fin de cours pour leur faire plaisir, quand j’y pense.

Kamishibai

Le kamishibai (紙芝居, théâtre de papier) est une forme de divertissement japonaise, en vogue durant les années 1930 et jusqu’à l’avènement de la télévision au cours du XXème siècle.

Non, je n’évoque pas ce sujet avec pour seul but de vous assommer de mes connaissances hétéroclites en matière de culture japonaise. Outre le grand nombre de professeurs (environ trois) lisant ce blog et pouvant être intéressés, il se trouve que Yumi est devenue grande amatrice de cet art d’une délicieuse désuétude.

Le mot Kamishibai fait référence à la fois à l’art et au support sur lequel repose son principe. Il s’agit d’un ensemble de planches illustrées sur une face, placées sur une scène miniature. Le kamishibaiya, l’artiste narrateur, fait défiler les planches une à une, racontant l’histoire dont le texte est rédigé au verso de chacune des planches.

De cette façon, le narrateur peut toucher une audience assez large (de l’ordre d’une trentaine d’enfants) car les planches sont en général au format A3. Durant l’âge d’or du kamishibai au Japon, on estimait à environ 2500 le nombre de kamishibaiya en activité, chacun donnant en moyenne 10 représentations par jour soit un total de près d’un million d’enfants spectateurs par jour.

Aujourd’hui les kamishibaiya de profession ont presque disparu. Il reste toutefois possible d’emprunter des kamishibai à la bibliothèque la plus proche de chez vous pour devenir vous-même un artiste adulé des enfants, en tout cas des vôtres.

Sakura, le retour

Cette année encore, les cerisiers ont fleuri. Petite sélection de photos, bien loin de rendre justice à la beauté du spectacle.

Changer d’ère

Vous en avez peut-être entendu parler en France, au Canada ou en Navarre. Ici, à moins de vivre dans la plus totale réclusion (et dans un pays aussi densément peuplé que le Japon ça reste une performance), impossible d’y échapper. Je veux parler du changement d’empereur, accompagné d’un changement d’ère ou de période. Cette notion inconnue chez nous avait été évoquée ici même il y a de cela un bon lustre.

Pour rappel, la période en question est relative au règne d’un empereur. Pour faire simple, un empereur = une ère. En général, la mort du précédent souverain est la seule cause valable de changement d’ère. Or, cette année il s’agissait d’une abdication pour raisons de santé. Toutefois, ce cas de figure ne s’étant jamais produit dans le Japon moderne (la dernière abdication remontait à 1817), il a fallu amender la Loi de la Maison Impériale pour l’occasion.

Akihito, fils d’Hirohito, a donc cédé la place à son propre fils, Naruhito (pour plus de confusion) désormais 126ème empereur nippon. A l’occasion de l’abdication et du couronnement les japonais ont reçu deux jours fériés supplémentaires. Ces jours fériés, accolés à la Golden Week, cumulés avec une loi étonnante stipulant qu’un jour travaillé coincé entre deux jours fériés devient lui-même férié, ont abouti à un total de dix jours chômés consécutifs (week-ends compris), du jamais au Japon. La moitié du pays était donc en vadrouille de droite et de gauche pour profiter de ces « longues » vacances, tandis que l’autre moitié du pays s’évertuait à servir la moitié sus-citée en tâchant d’en tirer un substantiel profit (les prix ont tendance à doubler pendant la Golden Week).

Donc après Shôwa (Hitohito) et Heisei (Akihito) nous voici dans l’an 1 de l’ère Reiwa depuis le premier mai. En prenant nos vacances entre fin avril et début mai nous sommes donc partis en 30 Heisei pour revenir en 1 Reiwa. Pour l’anecdote, à sa mort l’empereur prend à titre posthume le nom de l’ère durant laquelle il a régné. Les japonais font référence à leur empereur en utilisant seulement le nom de son ère. Mon élève, pourtant érudit, ignorait d’ailleurs le nom de naissance de l’empereur Reiwa.

Dans la pratique ce changement n’en est pas un pour le citoyen de base tel que moi, le rôle de l’empereur japonais étant purement représentatif. Il est en effet privé de tout pouvoir politique suivant la constitution mise en place pendant l’occupation américaine post seconde guerre mondiale.

J’ai été ravi de bénéficier de trois jours fériés exceptionnels cette année mais je n’ai malheureusement pas pu suivre la retransmission ô combien palpitante de l’ensemble des cérémonies. Imaginez-vous regarder pendant trois jours le défilé du 14 juillet commenté en japonais et vous aurez une bonne idée du résulat.