Changer d’ère

Vous en avez peut-être entendu parler en France, au Canada ou en Navarre. Ici, à moins de vivre dans la plus totale réclusion (et dans un pays aussi densément peuplé que le Japon ça reste une performance), impossible d’y échapper. Je veux parler du changement d’empereur, accompagné d’un changement d’ère ou de période. Cette notion inconnue chez nous avait été évoquée ici même il y a de cela un bon lustre.

Pour rappel, la période en question est relative au règne d’un empereur. Pour faire simple, un empereur = une ère. En général, la mort du précédent souverain est la seule cause valable de changement d’ère. Or, cette année il s’agissait d’une abdication pour raisons de santé. Toutefois, ce cas de figure ne s’étant jamais produit dans le Japon moderne (la dernière abdication remontait à 1817), il a fallu amender la Loi de la Maison Impériale pour l’occasion.

Akihito, fils d’Hirohito, a donc cédé la place à son propre fils, Naruhito (pour plus de confusion) désormais 126ème empereur nippon. A l’occasion de l’abdication et du couronnement les japonais ont reçu deux jours fériés supplémentaires. Ces jours fériés, accolés à la Golden Week, cumulés avec une loi étonnante stipulant qu’un jour travaillé coincé entre deux jours fériés devient lui-même férié, ont abouti à un total de dix jours chômés consécutifs (week-ends compris), du jamais au Japon. La moitié du pays était donc en vadrouille de droite et de gauche pour profiter de ces « longues » vacances, tandis que l’autre moitié du pays s’évertuait à servir la moitié sus-citée en tâchant d’en tirer un substantiel profit (les prix ont tendance à doubler pendant la Golden Week).

Donc après Shôwa (Hitohito) et Heisei (Akihito) nous voici dans l’an 1 de l’ère Reiwa depuis le premier mai. En prenant nos vacances entre fin avril et début mai nous sommes donc partis en 30 Heisei pour revenir en 1 Reiwa. Pour l’anecdote, à sa mort l’empereur prend à titre posthume le nom de l’ère durant laquelle il a régné. Les japonais font référence à leur empereur en utilisant seulement le nom de son ère. Mon élève, pourtant érudit, ignorait d’ailleurs le nom de naissance de l’empereur Reiwa.

Dans la pratique ce changement n’en est pas un pour le citoyen de base tel que moi, le rôle de l’empereur japonais étant purement représentatif. Il est en effet privé de tout pouvoir politique suivant la constitution mise en place pendant l’occupation américaine post seconde guerre mondiale.

J’ai été ravi de bénéficier de trois jours fériés exceptionnels cette année mais je n’ai malheureusement pas pu suivre la retransmission ô combien palpitante de l’ensemble des cérémonies. Imaginez-vous regarder pendant trois jours le défilé du 14 juillet commenté en japonais et vous aurez une bonne idée du résulat.

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