Pour nous les hommes

Si nous autres latins sommes amoureux de notre propre virilité – après tout le mot ‘macho’ trouve son origine dans les langues espagnole et portugaise – les Japonais ne sont pas en reste quant il s’agit de faire preuve de phallocentrisme. Je ne me lancerai pas ici dans une description au vitriol des profondes inégalités hommes-femmes au Japon, c’est l’aspect linguistique qui m’intéresse ici.

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Tout d’abord quelques bases : le kanji signifiant femme (toute personne de sexe féminin indépendamment de son âge) s’écrit 女 (onna). Il existe plusieurs façons de parler de son épouse. Rien à dire sur celle que j’utilise ‘tsuma’ 妻, si ce n’est que l’on peut voir en bas du caractère, la femme 女, vue plus haut. L’autre façon de dire ‘ma femme’ en japonais est ‘kanai’, qui s’écrit 家内 , soit littéralement « à l’intérieur de (内) la maison (家) ». Logique, la femme c’est bien celle qui reste à la maison.

Quant il s’agit de parler de la femme de quelqu’un d’autre, il faut utiliser un autre mot. En effet, votre femme n’est pas à l’intérieur de ma maison, ou si c’est le cas, je me garderai bien de vous le dire. On dit alors ‘okusan’ ou ‘okusama’ (écrit 奥さん ou 奥様). ‘San’ et ‘sama’ sont deux des suffixes indiquant le respect qui se traduirait très libéralement ‘Monsieur’ ou ‘Madame’. Je parle donc de votre femme en disant ‘Madame au fond’ ou ‘La personne derrière vous que je respecte’. Une fois de plus les kanjis ne font que transcrire l’état des choses à une époque hélas révolue où les femmes savaient rester tranquilles au fond de la cuisine pendant que le hommes trinquaient au saké.

Par opposition, le mari ‘shujin’ (lorsqu’une femme parle de son mari) ou ‘goshujin’ (pour le mari d’une autre, ‘go’ étant un préfixe de politesse) s’écrit 主人 où 主 signifie ‘maître’, ‘seigneur’, ‘chef’ ou ‘important’ et 人 n’est rien d’autre qu’une personne. Chers lecteurs mâles mariés, nous sommes donc en japonais ‘la personne importante’ pour les plus humbles d’entre nous. Pour les autres, je vous laisse annoncer à votre femme qu’elle doit désormais vous appeler ‘seigneur’.

Pour information ‘shûjin’ 囚人, dont la prononciation est quasi identique à celle de ‘shujin’, a pour signification « prisonnier ». Je vous laisse le soin de trouver un lien entre ‘mari’ et ‘prisonnier’.

En creusant dans les spécificités régionales, il apparaît que dans la préfecture de Nagano où nous vivons, les épouses parlent de leurs maris en disant ‘danna’ 旦那, ‘maître de la maison’, ce qui a le mérite d’être clair.

Continuons dans la même veine, en cherchant un peu plus loin toutefois. Vous vous rappelez les kanji ‘femme’ 女 et ‘maison’ 家. Et bien ils se combinent en un seul kanji
嫁 pouvant signifier ‘la bru’ ou ‘la jeune mariée’. Autrefois les brus s’en allaient vivre avec leur mari dans la maison des beaux-parents, d’où l’évidence de ce kanji. Pour la touche poétique, si l’on rajoute le kanji de fleur devant la jeune mariée 花嫁, on obtient la future mariée.

Tout aussi charmant, en combinant les kanji de ‘femme’ 女 et ‘vieux’ 古 nous voilà avec
姑 la belle-mère. Pour ceux qui sont en d’excellents termes avec la maman de la personne derrière eux que je respecte, choisissez plutôt 義母 pour parler de belle-maman. Vous vous adresserez alors à ‘la maman pleine de justice/moralité/honneur’ (rayez les mentions inutiles sachant que vous êtes obligés d’en conserver au moins une des trois).

Une jeune fille 少女 est un peu 少 une femme 女 . Mes filles 娘 quant à elles sont de bonnes 良 personnes de sexe féminin 女. On notera au passage que ‘bon marché’ s’écrit 安, soit lorsque la femme est sous le toit de la maison, et pas en train de dilapider le salaire du maître de la maison aux Galeries Lafayette. De nos jours ça n’est plus vrai, ou alors il faut planquer la carte bleue et partir au boulot avec la box internet sous le bras ou inversement. Je veux dire partir avec la carte bleue et planquer la box, et non pas mettre le bras sous la box internet ce qui n’aurait guère d’effet dissuasif.

Pour en terminer avec les irrévérences, je vous livre un dernier mot. 姦, composé de trois 女 (la femme, pour ceux qui débarquent) est synonyme de ruse et méchanceté.

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