Kanji, et caetera

A la demande d’une lectrice assidue qui se reconnaîtra, je vais vous dévoiler les arcanes de la langue japonaise. Suivant vous même assidûment ce blog, vous aurez constaté que lorsque j’écris un mot en japonais, je l’écris de plusieurs façons différentes. 

Les rômajis

Pour nous étrangers, l’apprentissage du japonais commence avec les rômaji, littéralement les caractères romains (ji, じ, 字 signifiant lettre ou caractère). On apprend notamment que :

  • ‘ch’ se lit ‘tch’,
  • ‘sh’ se lit ‘ch’,
  • le son du ‘r’ est entre le ‘r’ et le ‘l’ français
  • certaines voyelles sont longues, elles sont alors transcrites surmontées d’une barre horizontale (je me contente pour ma part de ce bon vieux circonflexe afin de me faciliter l’écriture),
  • le ‘h’ est toujours expiré et quand il précède un ‘u’ il se transforme en un ‘f’ chuintant tenant autant du ‘f’ que du ‘h’ expiré.

Exemple de rômajis : bonjour en japonais s’écrit ‘ohayô gozaimasu’.

Les hiraganas

Ensuite il convient de mémoriser les hiragana. Il s’agit d’un des deux syllabaires utilisés dans la langue nippone. Le terme syllabaire n’est pas parfaitement adéquat pour définir cet ensemble de kanas, lesquels ne sont pas tous des syllabes (le terme exact étant « more ») ; nous nous en satisferons toutefois dans un premier temps.

Les hiraganas sont utilisés pour écrire les quelques mots pour lesquels il n’existe pas de kanjis (voir plus bas), pour les particules grammaticales, pour les livres destinés à un public vraisemblablement méconnaissant les kanjis (par exemple les livres pour enfants), pour les inflexions des verbes et des adjectifs (on parle alors d’okurigana) ou encore pour la transcription des kanji (dans ce cas il s’agit de furigana).

Initialement au nombre de 50, il en subsiste aujourd’hui 46, allant de ‘a-i-u-e-o’ (あ-い-う-え-お) à rya-ryu-ryo (りゃ-りゅ-りょ). Ils sont appris dans un ordre défini puisque c’est ce classement qui est utilisé dans les dictionnaires japonais. Leur graphie dérive d’un kanji de prononciation identique. Par exemple le son ‘wa’, en hiragana わ, vient du kanji 和.

Les katakanas

Le second syllabaire regroupe les katakanas. Ils sont en particulier utilisés pour transcrire les noms étrangers (par exemple mon nom de famille s’écrit モエンロコ, mo.e.n.ro.ko ; France s’écrit フランス, fu.ra.n.su), les onomatopées ou les noms de plantes ou d’animaux dans les ouvrages scientifiques.

Il en existe là aussi 46 de base, auxquels viennent s’ajouter 25 variations tentant de transcrire des sons inexistants dans la langue japonaise, tels le ‘v’. Pour eux aussi, la graphie est dérivée d’un caractère (ou d’une partie de caractère) chinois partageant la même prononciation. L’exemple le plus évident est ‘ha’, en katakana ハ, issu du kanji 八dont la lecture est ‘hachi’.

Les kanjis

Une fois que l’on maîtrise les règles de lecture des rômajis, que les hiraganas n’ont plus de secrets pour nous et que les katakanas sont du gâteau, nous pouvons nous attaquer au vrai sujet : les kanjis.

Kanji, s’écrit avec deux kanjis (j’aime les mises en abîme) : 漢字. Vous aurez reconnu le kanji 字 signifiant caractère. Le premier caractère 漢 représente l’ethnie Han, largement majoritaire en Chine. Nous apprenons donc que les kanji sont les « caractères des Han », empruntés à la langue de l’empire du milieu. Cependant l’éloignement géographique, l’eau coulant sous les ponts combinés à des réformes de part et d’autres de la mer de Chine orientale ont entraîné des divergences de graphies telles que les étudiants chinois doivent réapprendre l’écriture de certains caractères (la lecture étant nécessairement plus simple en fonctionnant par analogie agrémentée d’un peu d’imagination).

A la sortie du lycée, les étudiants Japonais connaissent (au moins) 2136 kanjis. Il s’agit de la liste des jôyôkanji, les kanji à usage commun. Cette liste est mise au point par le ministère japonais de l’éducation. Elle ne comprend pas forcément tous les kanji les plus fréquemment utilisés ; toutefois, tous les documents officiels du gouvernement sont écrits exclusivement avec des caractères issus de cette liste, garantissant ainsi à toute personne ayant achevé ses études secondaires de pouvoir déchiffrer lesdits documents.

Un kanji unique peut correspondre à un, deux voire trois hiragana. La plupart des kanjis peuvent se lire de deux façons ou plus : la lecture issu de la langue chinoise (onyomi) et celle purement japonaise (kunyomi). Par exemple 木 peut se lire ‘ki’, ‘ko’ ou ‘moku’.

Et bien entendu, il est très fréquent qu’un kanji ait une multitude de sens variés. 乙, pourtant l’un des kanji les plus simples à écrire puisque c’est l’un des deux seuls à s’écrire d’un unique trait, peut signifier : étrange, chic, piquant (relativement à la nourriture), spirituel, deuxième (parti d’un accord, d’un contrat) ou deuxième signe du zodiaque chinois. Pour ce dernier sens, il suffit de retourner le kanji pour voir apparaître un 2 et ainsi faciliter la mémorisation. Par pure coïncidence, ce truc fonctionne aussi avec le kanji 七, notre bon vieux 7. Inutile d’en chercher d’autre par contre, la magie n’opère qu’avec ces deux là.

Je me suis lancé il y a environ huit mois dans l’étude des jôyô kanji, j’en ai étudié la moitié et mémorisé une fraction pas si négligeable de cette moitié. La difficulté majeure est la similitude entre les kanji, comme le montre la liste suivante : 刃、刀、力、丸、九, ou encore 殻 et 穀. Les exemples sont multiples et mériteraient un article à eux seuls. Bref des fois je me dis que ça aurait été plus simple si Sayaka avait été Suisse plutôt que japonaise… 

Une réponse sur “Kanji, et caetera”

  1. Complexe, en effet.. !

    Pour autant, je suis pas sûr que ça aurait été simple de dire Chrüterchraft à longueur de journée 😉

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