Une habitude perdue

Il est des habitudes que l’on s’attend à perdre lorsque l’on s’expatrie. Je m’attendais évidemment à ne pas trouver de boulangerie à chaque coin de rue. Je soupçonnais que les pharmaciens hausseraient les sourcils et m’adresseraient un regard navré à la mention de Doliprane ou d’Ibuprofène. Finie la conduite à droite; ici les voitures non diesel se nourrissent d' »ordinaire » (レギュラー, soit la transcription de du « regular » américain).

Mais ce n’est que récemment que je me suis aperçu d’une disparition pourtant flagrante. Un geste quotidien, naturel, voire instinctif, auquel j’ai renoncé sans même m’en rendre compte. Et il aura fallu qu’une Japonaise – compagne d’un expatrié Français avec lequel j’ai sympathisé – me la rappelle lors de leur venue chez nous. Il s’agit de la bise. Le fameux « salut *smack* tu *smack vas *smack* bien ? ».

C’est précisément parce qu’elle est japonaise (teintée de France tout de même puisqu’elle y a vécu quatre ans et qu’elle parle la langue) que j’ai pris conscience de l’oubli de ce bon vieux bisou aérien faisant pourtant partie de ma culture depuis la plus tendre enfance. De la même façon, la poignée de main me vient désormais moins spontanément que l’inclinaison du buste pour saluer : les mains le long des cuisses pour les hommes, croisées devant soi pour les dames, l’inclinaison – d’une durée variable selon le contexte – varie de 15 à 45 degrés en fonction de l’interlocuteur. Sortez vos rapporteurs !

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