Et paf, des onomatopées !

J’aborde aujourd’hui un aspect merveilleux de la langue japonaise : les onomatopées. Là où en français elles se bornent à transcrire textuellement notre perception de sons et bruits divers, en japonais elles ont une dimension supplémentaire. En effet, certaines décrivent un sentiment, une sensation  ou  encore un état.

Il ne s’agit donc pas vraiment d’onomatopées. Les anglophones les qualifient de « sound words » ce qui à mon sens est plus proche de la réalité bien qu’encore limitatif puisque c’est tout un symbolisme qui sous-tend le japonais oral et dont l’étendue dépasse de loin nos simples interjections.

Il existe quatre catégories d' »onomatopées » en japonais (bien que les deux premières soit parfois groupées) :

– « Giseigo » (擬声語)  pour les sons produits par les êtres vivants comme un ronflement ou un aboiement.
– « Giongo » (擬音語) pour les sons produits par les objets inanimés comme la pluie qui tombe ou le vent qui souffle
– « Gitaigo » (擬態語) pour décrire un état, une condition ou un comportement comme ‘humide’ ou ‘furtivement’
– « Gijôgo » (擬情語)  pour décrire un état psychologique ou une sensation corporelle

Ces mots ont une fonction grammaticale dans la phrase japonaise puisqu’ils fonctionnent en général comme des adverbes. Mais ils peuvent aussi être utilisés comme des verbes ou des adjectifs, parce que sinon ça serait trop simple à retenir.

Certains linguistes ajoutent à ces catégories la relation entre certains phonèmes et leur perception sur le plan psychologique. Par exemple, les mots から (kara) et ので (node)  sont des synonymes signifiant « parce que ». Toutefois, dans le discours poli on privilégiera l’utilisation de ので car le son nasal ‘n’ donne une impression de tact et de cordialité. La consonne vélaire ‘k’ de から avec sa dureté, son tranchant et sa soudaineté, sera utilisé dans le discours familier avec la famille et les amis.

Cela peut sembler n’être qu’une théorie de linguiste sans rapport avec la réalité mais en fait c’est vrai, je l’ai constaté de mes propres oreilles grâce à mes réunions de parents d’élèves où l’on parle poliment (ので) et à ma belle-mère avec qui nous jurons comme des charretiers en nous donnant des grandes tapes dans le dos (から) ou presque.

Si l’on creuse davantage, les « adjectifs en i » se terminant par la fricative ‘shi’ ont tendance à véhiculer des significations émotionnelles comme par exemple kanashii (triste), sabishii (seul), ureshii (heureux), tanoshii (amusant), osoroshii (terrifiant).

Voilà, la leçon est terminée, je vous livre une première liste de « sound words » pour vous récompenser d’avoir lu jusqu’au bout :

アハハ八八ノヽノヽノヽノ \ / \/ \ (Ahahahahaha) = un éclat de rire incontrôlable

ウフフ (ufufu) = un rire discret, le plus souvent pour les dames

ちらちら (chirachira) = pour décrire quelque chose de petit et léger dans l’air, comme la neige qui tombe doucement

こんこん (konkon) = pour décrire une chute de neige qui dure longtemps

ぴかぴか (pikapika) = quelque chose qui brille, qui étincelle

すらすら (surasura) = quelqu’un qui parle ou lit sans effort, sans difficulté

ぺらぺら (perapera) = quelqu’un qui parle vite et sans discontinuer ou quelqu’un qui parle de quelque chose qu’il n’est pas censé faire, ou encore pour décrire quelqu’un qui parle une langue étrangère couramment (dans ce cas la prononciation de perapera est légèrement différente)

Bref il en existe une quantité inimaginable, comme si je n’avais déjà pas assez de choses à mémoriser pour apprendre cette langue. ぐすぐす泣く!

 

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