Moenroko sensei

Certains d’entre vous le savent déjà, je donne des cours de langues depuis l’automne dernier. Autant pour me faire un peu d’argent de poche (c’est Sayaka qui tient les cordons de la bourse avec une poigne de fer) que pour l’aspect social. Etre père au foyer c’est une expérience fantastique pour construire une relation privilégiée avec ses filles mais pour ce qui est des  sujets de conversation, on a vite fait le tour.
J’ai plusieurs cordes à mon arc, ou plusieurs langues à mon curriculum : le français et l’anglais. Je peux même vous enseigner les rudiments du japonais si vous êtes intéressés et pas je ne suis pas cher en plus.
Pour l’anglais j’ai une élève qui a la trentaine et dont le niveau est celui d’un collégien moyen. Elle prend deux leçons par semaine. L’une à domicile – elle vient à la maison pendant que la maman de Sayaka s’occupe des filles – l’autre par Skype le matin avant que Sayaka n’aille au travail. Elle travaille de 17 heures à 1 heure du matin, ce qui me permet de faire des cours en matinée et évite de phagocyter toutes mes soirées.
Je trouve le matériel sur internet et elle fait un peu son cours à la carte en choisissant ce qu’elle souhaite apprendre, réviser ou approfondir. Sinon je trouve des dialogues sur internet et nous pratiquons la compréhension orale. En général la moitié du cours (qui dure une heure) est consacrée à la pratique de la conversation. Comme elle n’est pas très douée, elle utilise pas mal de japonais et ça me fait pratiquer un peu. C’est intéressant mais pas toujours simple ni efficace.
J’ai aussi maintenant 4 élèves de français. Un homme de 67 ans qui a appris le français en écoutant des cassettes et qui adore Jacques Brel. Il parle japonais évidemment, français, anglais, allemand et chinois. Il a appris toutes ces langues seul, ce qui me met une méchante pression pour apprendre le japonais. Il s’amuse à traduire en français ou en anglais des chansons japonaises. Il a même traduit du Jacques Brel du français en allemand ! Oui en allemand, vous savez cette langue rugueuse, dépourvue de la moindre mélodie, truffée de mots à rallonge et de chausses-trappes grammaticales (alors nominatif, accusatif, génitif ou datif ?).
Avec lui c’est seulement de la conversation, ce qui est parfait puisque je n’ai pas de travail de préparation. Juste des paroles de chansons à relire et corriger de temps en temps. Il vit à Shikoku, une autre des 4 grandes îles du Japon, nous nous voyons donc sur Skype. Une fois sur deux il a des problèmes de son ou de vidéo; la technologie et les anciens ne font pas souvent bon ménage.
Mes autres élèves de français sont en fait des élèves de Sayaka que j’ai vampirisé sans la moindre vergogne. En réalité c’est Sayaka qui est gagnante sur toute la ligne puisque je travaille à sa place sans percevoir le moindre salaire, le paiement atterrissant sur son compte en banque. Je suis son « escalope » comme elle m’avait dit alors que nous faisions des travaux dans l’appartement. C’est vrai que ça ressemble de loin à « esclave » après tout.
De plus ces élèves préfèrent avoir un natif comme professeur pour travailler la compréhension orale et améliorer leur prononciation. Cela permet à Sayaka de se reposer un peu puisque ces cours là ont lieu le soir à 20 heures ou 21 heures, heure à laquelle elle est habituellement déjà dans les bras de Morphée. Pour ma part ces cours me permettent de réviser des points de grammaire française que je connais par la force de l’habitude mais dont j’avais totalement oublié la théorie.
Parmi ces élèves il y a un homme d’une quarantaine d’année qui vit à Tokyo et qui se débrouille assez bien en français ; il a d’ailleurs voyagé en France plusieurs fois, il aime beaucoup le pays. Les autres sont des faux jumeaux, un frère et une sœur d’une dizaine d’année. Japonais, ils vivent en Pologne et parlent parfaitement anglais, ce qui aide grandement pour expliquer les écueils grammaticaux.
Hier avec mon autre élève j’ai essayé d’expliquer une règle de grammaire dans un mélange de français et de japonais. J’ai beaucoup transpiré et fait appel à mon dictionnaire de japonais pour arriver à lui faire comprendre quelque chose. De là à savoir si ce qu’il a compris correspond à ce que j’ai essayé d’expliquer, je ne m’avancerai pas trop.
J’avais aussi un autre élève qui a abandonné après un peu moins de deux mois. C’est entièrement de sa faute, avec son travail de cuisinier il n’avait pas de temps à consacrer à l’apprentissage. Vous ne pouvez décemment pas croire que mes compétences soit à l’origine de sa défection.

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